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Football et matchs mixtes : une utopie ?


Football et mixitéC’est en 1917, près de trente ans après les débuts du football masculin en France, que quelques femmes décident de se lancer dans l’aventure du ballon rond. (1) Peu nombreuses au commencement, elles sont rapidement amenées à jouer avec leurs homologues masculins. Mais très vite, la mixité leur est refusée. Comme l’écrit le sociologue Norbert Elias, le sport est historiquement un « fief de la virilité » et les normes encadrant féminité et masculinité sont à cette époque difficile à ébranler. (2) Cent ans plus tard, le constat n’est guère davantage positif. Parmi les 2 millions de licences délivrées par la Fédération Française de Football, on dénombre 4,5% de femmes. (3) Dans ce contexte, comment encourager une mixité ?

« Malgré le peu de médiatisation, l’image des footballeuses est très positive »


Rencontre avec Marianne Gazeau présidente de Foot d’Elles

Comment est né votre site Foot d’elles ? Quelles étaient ses ambitions ?

Le site Foot d’Elles est le projet citoyen de Sésame. En effet, moi même et mes salariés nous souhaitions mettre à la disposition « d’une cause » nos compétences liées au web et au réseaux sociaux. Nous avons donc eu une démarche méthodique et avons cherché un sujet positif, en fort développement sur le web et en accord avec nos valeurs. Et nous sommes tombés sur le « foot féminin », j’ai été voir un match et ai été tout de suite conquise… c’est donc comme ça que nous avons lancé un site communautaire, foot d’elles, dédié à la promotion du football féminin.

Son objectif était et est toujours de rassembler une communauté de passionnés du foot féminin autour d’articles d’actualité, mais aussi autour d’un forum de discussion. Mobiliser une communauté qui à son tour pourra promouvoir ce sport au féminin.

« Il n’y a pas de sport masculin ou féminin mais bien des femmes et des hommes qui font du sport »


Rencontre avec Didier Chavrier, enseignant à l’université d’Orléans

Quelle est la place des femmes dans le sport en France ? Et plus particulièrement au niveau du football ?

La réponse à cette question demeure amplement conditionnée par la définition apportée au terme sport. Pour certains chercheurs, le sport peut être perçu comme ce que font les gens quand ils disent faire du sport. Toutefois cette définition labile place bien souvent le sport au même niveau que les exercices corporels et les jeux. Or le sport possède une dimension normative inscrite historiquement. Le sport est une invention créée au XIXème siècle dans une Angleterre en pleine révolution industrielle qui oeuvra à une codification sans précédent des jeux populaires traditionnels. Nous ne pouvons ainsi omettre que le sport a été développé au sein des public schools, ces écoles accueillant uniquement les fils de l’aristocratie et de la bourgeoisie, dans l’objectif de canaliser l’agressivité de ces derniers tout en exacerbant leur culture de l’agôn et leur esprit d’initiative.

Quelle place pour les footballeuses en France ?


En France, environ 4% des licenciés des clubs de football sont des femmes, un chiffre qui témoigne de la force des représentations sociales associées à ce sport. Comment les femmes et jeunes filles vivent-elles d’être footballeuses dans un milieu d’hommes. Pour le savoir, rencontre avec Marie-Stéphanie Abouna, sociologue dont la thèse portait sur « la construction des identités féminines dans l’espace du football »

Quelles ont été les grandes étapes de l’histoire des femmes et du football ?

Au regard de son histoire, le football a d’abord été investi par les hommes. Cependant, la pratique féminine n’est pas aussi récente que laisse penser la curiosité qu’elle suscite encore au quotidien. Des études historiques révèlent l’intérêt des femmes pour le football dès le début du 20e siècle avec une apparition des premières équipes féminines en 1916 en France.

« Il y a un manque cruel de couverture médiatique des femmes dans le monde du sport »


Mélissa Plaza

Rencontre avec Melissa Plaza, joueuse de football internationale à l’Olympique Lyonnais, elle est également en 2e année de thèse en psychologie sociale et travaille sur les stéréotypes sexués dans le sport.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur ce sujet dans le cadre de votre thèse ?

Ça a été avant tout une rencontre avec celle qui est devenue par la suite ma directrice de thèse. Elle travaillait sur l’axe « engagement sportif et performance » du laboratoire auquel je suis actuellement rattachée et m’a proposé de travailler sur les stéréotypes sexués dans le sport. L’idée m’a tout de suite enchantée puisque très en lien avec ma pratique sportive quotidienne et puis bien sûr parce que j’avais envie de découvrir de manière plus intellectuelle les mécanismes sous-jacents de ce phénomène de société.

Qu’est-ce que votre propre expérience vous a-t-elle enseigné sur les stéréotypes sexués dans le sport ?

Eh bien, je dois dire que d’un point de vue personnel, ils ont été plutôt bénéfiques pour ma carrière puisque j’ai toujours voulu lutter contre toutes ces croyances et j’ai donc redoublé d’efforts pour arriver là où j’en suis aujourd’hui. Mais je ne vais certainement pas faire l’apologie des clichés puisqu’ils ont en général un effet très délétère sur la performance sportive des individus et pire encore sur leur engagement sportif.