Les baby-boomers et internet : « ils ne voient que des avantages ! »

Laurence Bee

Laurence Bee


Rencontre avec Laurence Bee, journaliste et créatrice des sites Parents 3.0, Ados 3.0 et Seniors 3.0

Qui sont les « silver surfers » ?

La génération des baby-boomers est celle qui arrive actuellement à la retraite. C’est une génération un peu « dorée » qui a connu les trente glorieuses, qui a connu, voire « fait » Mai 68, et elle n’a pas grandi, contrairement à nous, avec le mot « crise ». Pour eux, le progrès est vraiment synonyme de beaucoup de choses positives. Le futur, c’était « les lendemains qui chantent ». Ils portent de ce fait un regard bienveillant sur le numérique. Ils n’ont pas connu nécessairement les écrans dans leur vie professionnelle, mais ils arrivent à la retraite avec l’envie de communiquer et de rester connectés, dans tous les sens du terme. D’ailleurs, c’est souvent par le biais des petits-enfants qu’ils sont sensibilisés aux nouvelles technologies. Le numérique redistribue les rôles au sein de la famille. Aux parents, confrontés aux pratiques des ados, la gestion du quotidien, avec les tensions et les crispations que cela peut impliquer. Tandis que les seniors, les grands-parents considèrent avant tout les outils digitaux comme des moyens de rester en contact avec leurs petits-enfants.

Quels sont les usages, les attentes et les freins des seniors sur internet, sur les réseaux sociaux ? Sont-ils différents en comparaison aux autres générations ?

Ils disposent d’une denrée précieuse : le temps. Ils en profitent entre autres pour découvrir – ou appronfondir – les joies du surf sur internet. Ils privilégient des sites pratiques, comme la météo, les sites d’infos, et aussi des moments de détente, en se rendant notamment sur le site de la Française des jeux. Ce sont aussi des consommateurs, avec un certain pouvoir d’achat, même si tous ne sont pas égaux en matière financière. Ils apprécient de pouvoir faire leurs courses sans se déplacer, et sont des cyberconsommateurs en devenir, pour peu que les offres et l’ergonomie soient adaptées : pas d’étapes compliquées pour s’inscrire, graphisme clair, et navigation intuitive sont des éléments-clés. Le senior a besoin d’être rassuré et guidé.

Les seniors et le digitalDoit-on créer des offres spécialement pour les seniors ou préfèrent-ils des plateformes digitales généralistes ?

C’est une très bonne question. Elle est également pertinente quand on parle de la cible adolescente : est-ce que les ados ont envie d’être « entre eux » ou ont-ils envie d’investir des réseaux sociaux généralistes ? On peut tout à fait la transposer pour les seniors. Facebook est-il suffisant pour eux ? Plus ils avancent en âge, plus ils ont besoin d’être rassurés, guidés, et plus des plateformes spécifiquement créées pour eux peuvent s’avérer pertinentes. Pour un public qui n’a jamais été en contact avec le numérique, qui ne connaît pas du tout le fonctionnement d’un écran, les plateformes dédiées sont tout à fait légitimes.

Ils ne sont pas méfiants envers les nouvelles technologies digitales ?

La principale méfiance concerne la protection des données personnelles. « Que deviennent les informations que je donne sur moi » est un leitmotiv. Ils se posent beaucoup de questions, notamment concernant le secteur de la santé.

Avez-vous pu identifier une typologie d’usages chez les « silvers surfers » ?

La typologie s’affine en fonction de l’âge, mais aussi selon les affinités, l’envie de découvrir, ou d’approfondir, le numérique. Plus on avance en âge et plus les usages sont différents. Pour les baby-boomers, c’est une pratique ultra hédoniste et pour leurs aînés, on observe une plus grande disparité. En France, plus de 10 millions d’internautes ont plus de 50 ans, et près de 70 % disposent d’un ordinateur. Ce chiffre dépasse même les 80 % pour la tranche d’âge des 50-64 ans.

Selon vous, femmes et hommes seniors ont-ils les mêmes pratiques digitales ?

Il semble qu’hommes et femmes seniors soient présents à part égale sur internet. Et lorsqu’ils sont encore en couple, ils sont finalement égaux face à la « non utilisation » antérieure. Lorsqu’ils sont confrontés à cet univers inconnu, il y a une solidarité conjugale qui se met en œuvre. 

A votre avis, pour quelles raisons les marques hésitent-elles encore à communiquer à destination des seniors sur les réseaux sociaux ?

Les marques sont encore réticentes car nous vivons depuis plusieurs décennies avec la priorité donnée aux jeunes (générations X, Y, Z). Mais l’arrivée à la retraite des baby-boomers pourrait changer la donne : ils représentent une cible intéressante pour un grand nombre de marques. Certaines enseignes ne s’y trompent pas, et mettent en scène des seniors, comme par exemple la récente campagne pour le voyagiste en ligne Liligo, avec son slogan en guise de clin d’oeil « Les seniors adorent s’envoyer en l’air ». Des caps sont franchis petit à petit. Les marques commencent à regarder les seniors différemment.

Quels conseils donneriez-vous à une marque désirant mettre en œuvre une stratégie de communication digitale pour les seniors ?

Ne dites pas à un senior qu’il est senior, il pense qu’il est encore jeune. Ce qui n’est pas faux. Certes, ils ne travaillent plus, mais cela ne les empêche pas de rester très actifs, et ils investissent de plus en plus l’univers du numérique. Aux États-Unis, les seniors représentent environ 15 % des inscrits sur Facebook, avec un taux de progression important. Et ce n’est pas fini. Il faut donc considérer cette cible pour ce qu’elle est : dynamique, hédoniste, éternellement jeune, avec un fort investissement envers leurs petits-enfants.

Propos recueillis par Marion Braizaz

 

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