La beauté au « naturel » s’achète en pharmacie : l’explosion française de la dermocosmétique

dermocosmétiqueEn 2012, selon les chiffres de l’INSEE, les 24 000 pharmacies implantées en France ont réalisé un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros, soit 53% de plus qu’en 2000 en valeur. (1) Une des raisons de cette croissance est l’attachement des français à leur santé (comme en témoigne les baromètres annuels) ; mais il faut également prendre en compte la forte progression de la dermocosmétique au sein des officines. Véritables concurrentes des enseignes multimarques du secteur de la beauté (Sephora, Marionnaud, Nocibe), les pharmacies s’imposent de plus en plus comme des points de vente clés sur ce marché.

Le culte de la beauté naturelle à la française

En 2010 déjà, Emily Weiss, fondatrice du site américain Into the Gloss et de la marque de cosmétiques Glossier le criait haut et fort : « les « gardiens » des pharmacies françaises – les conseillers de vente en blouse blanche – sont occupés, sérieux, et en savent probablement plus que vous au sujet de votre peau. De ce fait, ne les interrompez jamais, et, s’ils vous proposent de l’aide, pour l’amour de Dieu, laissez-les faire ! » (2) Effectivement, la France est réputée pour ses produits de beauté « blancs », autrement dit, de pharmacie. Sur le site de beauté The gloss, la journaliste Elizabeth Licata signait d’ailleurs un article révélateur de cette attraction intitulée : « 11 produits de beauté qui prouvent que les pharmacies parisiennes sont des lieux magiques ». (3) Parmi ceux-ci, on retrouvait l’eau micellaire de Bioderma, la célèbre huile prodigieuse de Nuxe ou encore l’eau thermale d’Avène. Les sources d’eau thermale : une richesse française Avec ses 1200 sources thermales, la France jouit effectivement d’une très belle réputation quant à son expertise sur la santé « esthétique ». Vichy a été la marque pionnière sur ce filon, lancée en 1931, puis suivie par La Roche-Posay en 1975, et Avène en 1990. L’accroissement de la pollution dans nos pays industrialisés ainsi que l’entrée des femmes dans le monde du travail, occasionnant parfois stress et manque de sommeil sont autant de facteurs ayant favorisé le boom de la parapharmacie. « Aujourd’hui, une femme sur trois souffre d’allergie, avec un impact sur la peau dans 74% des cas, » explique Elisabeth Araujo, DG de La Roche-Posay, « et un enfant sur cinq est victime d’eczéma dans les pays industrialisés, ce qui explique la dynamique du marché. » (4) Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir certaines marques essayant de jouer avec les codes de l’officine à l’instar de Khiel’s qui met en scène ses points de vente comme un laboratoire scientifique. (2)

dermocosmétique

La « French Touch » de la beauté : la santé à prix négociés

La France est ainsi le premier marché mondial pour la vente de produits d’hygiène beauté en pharmacie ; ce réseau de distribution représente 20% des ventes en France, contre 53% dans les supermarchés, 27% dans les parfumeries (source Iri, NPD, IMS). (4) « La dermocosmétique, avec les compléments alimentaires, pèse en moyenne 6% du chiffre d’affaires d’une officine, mais dans certaines, cela peut aller jusqu’à 80%. C’est le cas dans les grandes villes, et dans certaines stations balnéaires et de montagne », précise Philippe Besset, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. (4) La part de l’hygiène-beauté et de la diététique sur le chiffre d’affaire des officines a ainsi doublé en 10 ans confirme l’INSEE. Contexte non négligeable, les pharmacies ont réussi à réduire leur marge et à convaincre les laboratoires de pratiquer des tarifs préférentiels pour accroitre leur compétitivité sur le marché. C’est notamment ce que souligne Gilles Bonnefond, patron de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine : « en concentrant leurs gammes sur quelques marques, elles ont réussi à être plus compétitives et à négocier de meilleurs prix avec les labos. » (4) Ce rapport qualité prix séduit les consommatrices qui sont nombreuses à vouloir protéger leurs peaux de réactions allergiques. Elles recherchent ainsi des soins « sur-mesure » adaptés à leurs épidermes.

Chiffre d'affaire des pharmacies

Devenir maman influence aussi les femmes qui préfèrent alors les pharmacies, disposant d’une caution santé, pour acheter les produits d’hygiène de leurs bébés. Sur les forums, elles sont nombreuses à échanger sur cette thématique.

« Il y a certaines marques que j’achète en pharmacie ou parapharmacie : Contapharm, Vichy, les shampoings Dercos, quelques produits Laroche-Posay et Kneipp pour le bain de mon mari. Tout ce qui concerne le bébé est acheté à la pharmacie aussi. J’ai eu du maquillage Phas et des produits Louis Widmer il y a quelques années. Pour moi c’est surtout une question « optique »: étant porteuse de lentilles et allergique, un mascara normal même d’excellente qualité me crée souvent des soucis. Idem pour les crèmes contours des yeux. »

« La crème fraiche hydratante de chez Nuxe et celle de Vichy en parapharmacie son excellentes, moi j’ai déjà testé ces 2 marque et je n’ai été jamais déçue »

« Je cherche absolument une crème hydratante pour peau sensible et réactive, je ne m’en sors plus entre toutes les marques Avène, La Roche Posay, Vichy etc etc etc, bref, dites moi lesquelles vous conviennent le mieux pour que je puisse faire un choix! Merci ! »

Quand e-santé et e-beauté ne font plus qu’un !

Selon une récente enquête publiée par Harris Interactive en février 2015, 22% des femmes se rendent régulièrement (quelques fois par semaine ou par mois) dans des officines pour acheter des produits de parapharmacie, ce qui confirme l’aspiration à une beauté « saine ». (5) Néanmoins, l’étude va plus loin car elle apporte même des précisions sur les achats online des françaises, qui apparaissent très enthousiastes quant à l’e-commerce « santé », surtout en parapharmacie. 29% d’entre elles déclarent ainsi acheter des produits de parapharmacie (crèmes, produits de beauté, savon etc.) online. Cet achat dématérialisé implique une compétition d’autant plus renforcée pour les autres acteurs du secteur de la beauté qui se confronte à un concurrent disposant d’un capital confiance indéniable. « Contrairement au supermarché ou au drugstore dans lequel on peut également trouver un certain nombre de ces produits, la pharmacie de quartier n’est pas un magasin comme les autres. L’une des raisons pour lesquelles on y entre, est qu’elle est auréolée d’un savoir scientifique rassurant » souligne un rapport d’étude de l’université de Genève portant sur les représentations associées aux pharmacies. (6) 

Marion Braizaz

Sources :
(1) http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1525
(2) http://madame.lefigaro.fr/beaute/boom-de-beaute-pharmacie-270210-18440
(3) http://www.thegloss.com/2014/11/05/beauty/paris-pharmacy-beauty-best-drugstore-makeup-skincare-products/
(4)http://www.lesechos.fr/01/06/2014/lesechos.fr/0203534833462_beaute—les-francais-plebiscitent-les-produits-de-soin-vendus-en-pharmacie.htm#2khMLB7Vp9QrsoHb.99
(5) Enquête réalisée en ligne du 3 au 5 février 2015. Echantillon de 1 040 personnes représentatives des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e).
(6) « La pharmacie d’officine comme lieu de premier recours du système de santé » Enquête de l’Université de Genève, 2005 – Prof. André Rougemont, directeur, Institut de médecine sociale et préventive Prof. Robert Gurny, président, Section des sciences pharmaceutiques Prof. Pierre Dominicé, directeur académique, Service de la formation continue universitaire

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