Contraception d’urgence : les femmes la connaissent-elles vraiment ?

ContraceptionDepuis les années 2000, le regard que les femmes portent sur les moyens de contraception a subi une notable évolution. A titre d’exemple, la pilule s’avère de moins en moins utilisée. Si au début du XXIème, elles étaient 55% des Françaises à l’avoir choisie, elles ne sont plus que 41% en 2013. Les polémiques portant sur les pilules de 3ème et 4ème générations sont notamment en cause quant à cette nouvelle défiance. Pour preuve, alors que 40% des pilules utilisées en 2010 étaient de 3ème ou 4ème générations, cette proportion est passée à 25% en 2013. (1) Les femmes développent ainsi une nouvelle réflexivité. D’ailleurs, en ce qui concerne la contraception d’urgence, où en sommes nous ? C’est la question que se sont posés Harris et HRA dans leur récente enquête publiée en septembre 2015. (2)

Pourquoi les femmes n’utilisent-elles pas la contraception d’urgence ?

D’une manière générale, les Françaises se sentent en sécurité avec leur méthode contraceptive. Elles sont ainsi 72% à indiquer avoir confiance dans l’efficacité de leur contraception (dont 36% « tout à fait » confiance). Parmi les femmes déclarant utiliser un moyen de contraception régulier, ce seuil de confiance atteint même 97% des sondées. Pour information, celui-ci s’avère d’autant plus élevé chez les 25-34 ans (77%) et les parents en couple (81%).

Du côté de la contraception d’urgence, le constat n’est pas vraiment le même. Si 94% des femmes ont déjà entendu parler de celle-ci (dont 64% qui soulignent connaître bien son fonctionnement), dans les faits, peu l’ont utilisé. De fait, 28% des femmes ayant eu auparavant un rapport à risque, déclarent n’avoir jamais pris la contraception d’urgence. L’aspect financier s’avère producteur d’inégalités. Dans le détail, en ce qui concerne le recours systématique à la contraception d’urgence, les femmes de moins de 25 ans et les plus diplômées (<Bac+2) sont surreprésentées. A l’inverse, les femmes âgées entre 25 et 34 ans, issues des catégories populaires et disposant d’un revenu limité (entre 1000 et 1500 euros nets mensuels), sont plus nombreuses à ne pas recourir à la contraception d’urgence. Par ailleurs, « des rumeurs circulent à propos des effets secondaires de la contraception d’urgence. Ce qui s’apparente à des  » légendes urbaines  » se diffuse oralement dans les groupes de pairs (dans les couloirs des collèges et lycées, par exemple) ou encore sur les forums Internet dédiés à la santé » analyse la sociologue Yaëlle Amsellem-Mainguy. « Dans un contexte où la maternité est fortement valorisée et où elle ferait partie intégrante de l’identité féminine, tout ce qui alimente les angoisses liées à la stérilité se diffuse rapidement. La contraception d’urgence n’est pas tenue à l’écart des méfiances collectives » (3)

Entre-soi féminin

Une information qui circule encore difficilement

Quand on demande aux Françaises quel est le fonctionnement de la contraception d’urgence, on perçoit encore une réelle méconnaissance sur le sujet. L’étude Harris/HRA rend compte combien les informations ne sont pas partagées par toutes les femmes uniformément. Si plus des trois quarts des Françaises (82% des 25-34 ans et 83% des CSP+) déclarent que la contraception d’urgence empêche la nidation, 22% ont l’opinion inverse. Par ailleurs, seuls 45% des femmes interrogées savent qu’elle bloque et retarde l’ovulation et 36% croient – à tord – qu’elle détruit les spermatozoïdes… Pour explication, il est peut-être possible de s’appuyer en partie sur l’analyse des chercheurs Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen et Caroline Moreau dans un rapport de l’INED datant de 2012. Ces derniers mentionnent ainsi que « la contraception d’urgence reste peu évoquée lors des consultations médicales : 36 % des gynécologues indiquent avoir souvent recommandé cette méthode au cours de la dernière année et 11 % des généralistes. » (4)

Harris/HRA

Enquête Harris Interactive – HRA – 2015

En résumé, une Française sur deux a le sentiment d’être bien informée sur la contraception d’urgence. Mais si cette proportion est en progression en comparaison aux résultats de mars 2015 (35% des femmes seulement s’estimaient bien informées), on constate néanmoins que le fonctionnement de cette méthode médicamenteuse est encore obscure pour certaines. En outre, le niveau d’information sur la contraception d’urgence reste bien inférieur au niveau d’information sur la contraception en général.

Si l’affranchissement qu’a représenté l’évolution de la contraception féminine au cours du XXème siècle est indéniable, il n’en reste pas moins que les femmes sont relativement seules face à ce contrôle de la reproduction. Dans son ouvrage Contraception : contrainte ou liberté ?, Françoise Héritier écrivait ainsi qu’« accorder la liberté contraceptive aux femmes n’était (…) qu’une manière de laisser encore à leur seule responsabilité toutes les charges qui relèvent de la fécondité et de la procréation. » (5) Les informations quant à la contraception, si elles se doivent donc d’être portées davantage à destination des femmes pour niveler les écarts entre les catégories sociales, mériteraient également d’être plus particulièrement adressées aux hommes, à l’instar du site récent de Biogaran : www.ilparaitquelapilule.fr.

Marion Braizaz

Sources :
(1)http://www.scienceshumaines.com/moins-de-pilules-moins-de-contraception_fr_33354.html
(2)Etude Harris Interactive pour HRA via l’agence LJ Communication, menée en ligne entre le 14 et le 17 septembre 2015. Echantillon de 1000 personnes représentatif de la population française féminine âgée de 15 à 50 ans.
(3)http://www.inpes.sante.fr/slh/articles/399/05.html
(4)https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19160/pes492.fr.pdf
(5)http://www.scienceshumaines.com/pourquoi-la-pilule-pour-homme-n-existe-pas_fr_321.html

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