Super Man, Super Girl : mêmes pouvoirs mais pas le même combat !

Super GirlRencontre avec Mélanie Boissonneau, titulaire d’un Doctorat en études cinématographiques et audiovisuelles. Spécialiste de la représentation des femmes dans le cinéma, elle a notamment travaillé sur les différences entre super héros et super héroïnes.

Sur quelles thématiques se focalisent vos recherches sur les super héroïnes ?

Dans tous mes travaux, je m’interroge de manière récurrente sur la question de l’égalité hommes/femmes mais également sur les représentations des corps féminin et masculin. Quelles sont les principales différences de représentations entre les super héros et les super héroïnes ? Tout d’abord, il faut savoir que le nombre de super héroïnes est bien inférieur au nombre de super héros. C’est tout à fait flagrant. Au cinéma par exemple, entre 1968 et 2008, il y a eu 46 films de super héros, donc seulement 3 avec des super héroïnes en personnage principal, qui se sont d’ailleurs soldés par des échecs. Mise à part le nombre, la représentation est aussi différente. Lorsqu’elles ne sont pas le personnage principal, les super héroïnes sont toujours membres d’une équipe composée majoritairement d’hommes. Elles vont souvent être des personnages secondaires, comme dans Wolverine. Parallèlement, même lorsqu’elles sont les héroïnes, elles ne sont pas traitées comme les super héros masculins. Le meilleur exemple est celui de Super Girl et Super Man. Les deux personnages ont les mêmes pouvoirs, viennent de la même planète, mais dans les faits, Super Girl est venu sur Terre pour réparer une bêtise qu’elle a commise alors que Super Man est là pour sauver sa planète. C’est très parlant. De la même manière, Super Girl va découvrir ses pouvoirs en regardant une fleur qu’elle va faire éclore tandis que Super Man les découvre en sauvant ses parents adoptifs d’un accident. On est vraiment dans des stéréotypes féminins et masculins amplifiés. Alors qu’a priori le cliché selon lequel les femmes sont plus faibles devrait être évacué par les super pouvoirs, c’est tout l’inverse qui se produit.

Quels sont, pour vous, les exemples les plus flagrants où les super pouvoirs se font catalyseurs des normes de genre ?

Je pense au long-métrage « Hankock » avec Will Smith. Dans ce film, Charlize Theron est une super héroïne tout comme son homologue. Pourtant, juste après la scène clé où l’on découvre ses dons, cette femme aux super pouvoirs est à nouveau représentée comme femme au foyer. De plus, il y a aussi dans ce film une idée selon laquelle la super héroïne se doit d’être une super pin-up. Lorsqu’elle est montrée en femme au foyer, on découvre l’héroïne en jean, baskets, pas maquillée ; en revanche, dès qu’elle est « super héroïne », elle enfile sa combinaison en cuir, elle porte du noir sur les yeux, a les cheveux en arrière et une attitude très sexy.

Hancok

Est-ce que l’on peut parler de parodie dénonçant les stéréotypes pour certaines œuvres ?

Cela arrive, même si c’est très rare. Dans le film « Ma super ex », on retrouve ce côté parodique. Lorsque l’héroïne principale va obtenir ses super pouvoirs, elle va également devenir blonde et voir ses seins doubler de volume, il s’agit donc de rire de ce cliché de la super héroïne super sexy. Mais dans « Hancock », je pense que la mise en scène est plus perverse que cela ; à la fin du film, on peut apercevoir le super héros avec son costume sur les toits contemplant la ville au dessous de lui tandis que Charlize Theron est représentée avec son mari et son fils adoptif au sein de son domicile. On sent bien qu’il s’agit de revenir à des ajustements, au stéréotype de la femme au foyer. D’ailleurs, si les super héros arrivent toujours à concilier leur vie civile et leur vie de super héros, j’ai pu remarquer que les femmes vont plus souvent devoir payer le prix de leurs super pouvoirs, c’est davantage flagrant.

Avez-vous travaillé sur la réception ? Comment peut-on décrypter le fait que les films de super héroïnes ne « marchent pas » ?

Personnellement j’ai travaillé sur Super Girl, Cat Woman et Elektra qui sont à la fois des échecs commerciaux et critiques. Pour ma part, je n’ai pas cherché d’explication quant à la réception mais ce que l’on peut retrouver dans les critiques c’est surtout la question de l’adaptation. Par exemple, alors que le personnage de Cat Woman est très riche dans les bandes dessinées et aurait donc pu être intéressant, dans le film qui lui est consacré, cette héroïne est vraiment réduite à un cliché. Les scénarios sont assez peu travaillés. De la même façon, Super Girl est une super héroïne qui a des pouvoirs qui ne lui servent pas réellement, elle est très passive. Est-ce à mettre sous le compte de la mécanique du cinéma en comparaison aux bandes dessinées où les super héroïnes sont plus proches des hommes ? Au niveau de la quantité, il est clair que dans les comics, la proportion de personnages féminins est plus grande, même s’il y a quand même une sous représentation. Néanmoins, il est clair qu’il y a davantage de diversité. Ce sont des enjeux commerciaux qui expliquent cela. On peut se permettre de créer une femme forte, ne correspondant pas aux stéréotypes, dans un comics avec une diffusion plus confidentielle alors que ceci n’est pas le cas du côté du cinéma. Tout ça est évidemment lié à des présupposés que vont avoir les producteurs. D’ailleurs, la résistance qu’il y a depuis 20 ans à adapter Wonder Woman est révélatrice de ses enjeux.

Pour vous, il n’y a donc que très peu d’évolution ?

Jean Grey

Jean Grey

Au cinéma, dans les grosses productions, je ne vois pas vraiment d’évolution. Les femmes restent encore dans l’ombre. J’attends de voir ce nouveau Wonder Woman car peut-être aurons nous un personnage féminin davantage crédible, dont les enjeux seront autres que celui du statut amoureux. Cela peut enclencher une nouvelle dynamique. Certes, il existe des contre-points à la marge dans des cinémas plus confidentiels ou dans certains personnages, à l’instar des « X-men ». Jean Grey par exemple est vraiment construite sans stéréotype de genre. A mon sens, elle est considérée comme scientifique et on la voit à l’action ; les « X-men » sont aussi un groupe de super héros assez égalitaires. A l’inverse, dans les « 4 fantastiques », le personnage joué par Jessica Alba, définie comme scientifique, n’est jamais mise en scène réfléchissant ou dans le cadre de son métier. Au contraire, c’est la femme invisible et dans chaque film il y a une scène où elle apparaît toute nue, c’est un running gag qui montre une évidente inégalité de traitement.

jessica-alba-fantastic-4-5-free-wallpaper

Propos recueillis par Marion Braizaz

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>