Super héros et Super héroïnes : sont-il égaux ?

Super HérosEn 2014, l’éditeur américain Marvel frappait un grand coup dans le monde des super héros en transformant Thor en femme. Le communiqué de presse annonçait alors : « le nouveau Thor continue la tradition des personnages féminins forts comme Captain Marvel, Storm, Black Widow et d’autres. Et ce Thor n’est pas seulement un substitut féminin. Elle est maintenant la seule Thor, et elle en est digne. » (1) Mais dans les faits, les représentations médiatiques des super héros et super héroïnes témoignent-elles d’une égalité hommes/femmes ? Cet univers, historiquement viril, qui fascine les enfants du monde entier a-t-il vraiment évolué ?

Voici venu le temps des super héroïnes ?

MarvelEn 1995, le sociologue Eric Maigret, spécialiste des médias écrivait : « Les super héros légitiment le système social dominant en vivant en lui. Ils résolvent surtout les problèmes par la seule intervention physique individuelle. Leurs aventures représentent en quelque sorte une mythologie, au sens fort du terme, religieux, pour une population de lecteurs fascinés, près à reproduire la segmentation sexuelle imposée dans les contenus. » (3) Depuis, le monde des « comics » s’est transformé et de nouveaux personnages ont fait leur apparition sur le marché. En 2013, Marvel créé la super héroïne Kamala Khan, une jeune adolescente musulmane de 16 ans, symbole d’une nouvelle visibilité des femmes dans les fictions. (4) Dans la même veine, ces dernières années ont vu se développer toute une nouvelle génération d’héroïnes au sein des séries et films  à l’instar de Katniss Everdeen (Hunger Games), Carrie Mathison (Homeland) et Daenerys Targaryen (Game of Thrones)… Cependant, il subsiste une ombre au tableau, pointée notamment par les chercheurs Loïse Bilat et Gianni Haver, auteurs de l’ouvrage Le héros était une femme, publié en 2011.

Parler de « héros féminin » et non pas d’ « héroïnes »

A titre indicatif, ces chercheurs ont étudié la sémantique des mots « héros » et « héroïnes » et démontré que même si la langue française dispose d’un équivalent féminin, les significations de ces deux terminologies étaient extrêmement variables. Si dans l’imaginaire collectif, le « héros » renvoie à la notion « d’extraordinaire », le mot « héroïne » n’évoque pas cette même idée. Pour eux, il conviendrait alors de parler de « héros féminin » pour sortir des stéréotypes. (2) Preuve des représentations sexuées envers les super héros, à la question « Harry Potter aurait-il pu être une fille ? », seules 29% des adolescentes interrogées au sein d’un collège répondent oui contre 35% pour leurs homologues masculins. (7)

Des super pouvoirs…. super « sexués » !

Kill BillOui, le monde des super héros révèle encore de nombreux clichés. Dans ces travaux, Thierry Rogel, auteur de l’ouvrage Sociologie des super-héros a ainsi mis en évidence que la plupart des super héroïnes possèdent des pouvoirs qui relèvent de la sorcellerie ou de la magie. Peu d’entre elles maîtrisent la science. (3) Les convictions des personnages féminins varient également fortement de celles des super héros masculins. Loïse Bilat et Gianni Haver soulignent dans leur ouvrage que les héros féminins sont souvent plus enclins à se battre corps et âme pour l’amour, la défense de leur enfant plutôt que pour sauver la planète, défendre la justice. Ainsi, Wonder Woman dans les années 40 combat les ennemis nazis mais avant tout par amour pour le capitaine de l’armée américaine Trevor. De la même façon, Beatrix Kiddo dans Kill Bill, n’a qu’un but, retrouver sa fille. (2) « Le corps (du super héros) masculin est un corps qui analyse et réfléchit, tandis que le corps (de la super héroïne) féminine est un corps qui exprime des sentiments profonds et subtils » souligne Christophe Peter, chercheur en science de l’information et de la communication. (5)

Pourquoi les super héroïnes sont-elles encore des super beautés ?

Ultime point noir, les physiques des super héroïnes répondent, à l’heure actuelle, encore et toujours à des normes de beauté très caricaturées, comme en témoigne la série de clichés du photographe Jaroslav Wieczorkiewicz, publiée en 2014. (6) D’ailleurs, une enquête réalisée sur les 500 plus gros succès cinématographiques de l’année 2012, révèle que 31% des femmes y étaient représentées de façon sexy contre 7% des hommes. (8) Selon Christophe Peter, les représentations médiatiques des héros et héroïnes sont révélatrices de deux modèles de corps sexués répondant à deux objectifs opposés.  « Le corps masculin est un corps qui agit dans un but d’efficacité, à rebours du corps féminin qui est un corps qui se donne à voir avec un souci esthétique » décrypte-t-il. (5)

Sexy Superhéroïnes

Tout se passe alors comme si l’acquisition de compétences dites masculines par des héroïnes, comme Lara Croft, conçue comme une machine à combattre, se devaient d’être compensée par des qualités féminines exacerbées (décolletés et combinaison moulante). Le sociologue Jean-Claude Kaufmann explique : « depuis Barbarella, elles ont toutes un même point commun : des formes et du muscle. Au service d’une nouvelle puissance féminine, et d’une liberté intraitable. Des femmes très séduisantes par leur féminité manifeste (…) mais séduisantes aussi par leur impressionnante capacité d’initiative et leur énergie inépuisable. » (9)

Il faut secourir les super héroïnes…

Wonder Woman

Ainsi, malgré la progression des femmes dans l’univers des super héros, les études montrent que le clivage sexué a du mal à s’effacer. Si les super héroïnes ne sont pas mises en scène de manière infériorisée en comparaison à leurs homologues masculins, il n’empêche qu’elles sont systématiquement renvoyées à leur identité corporelle sexuée. Dans une étude menée en 2010, Christophe Peter explique que c’est dès 3 ans que les enfants sont confrontés à des images de super héros « genrés », qui ne font que s’intensifier au fil des années. « En définitive, si une partie des productions culturelles promeuvent une vision indifférenciée des genres, elles perdent de l’importance au fur et à mesure de l’avancée en âge des enfants. D’une façon générale, les supports culturels contribuent à perpétuer la conception essentialiste d’une différence naturelle des sexes, même si cette conception n’est plus mise au service d’une idéologie soumettant le genre féminin au genre masculin. » (5)

Marion Braizaz

Sources :
(1)http://www.lexpress.fr/culture/livre/thor-devient-femme-marvel-propose-des-nouveautes-acceptables-par-la-societe_1560110.html#EoBDHXxh1EidpALC.99
(2)http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-le-heros-etait-une-femme-revue-muze-n%C2%B070-2012-12-27
(3)http://www.lexpress.fr/culture/livre/thor-devient-femme-marvel-propose-des-nouveautes-acceptables-par-la-societe_1560110.html#EoBDHXxh1EidpALC.99
(4)http://www.liberation.fr/livres/2013/11/07/marvel-cree-une-super-heroine-musulmane-de-16-ans_945345
(5) Christophe Peter. Chapitre V – Petites princesses contre super-héros : les médias destinés aux 2-14 ans mettent-ils en scène le clivage des genres ? 2010
(6)http://www.ufunk.net/photos/splash-heroes/
(7) Carole Scandale, professeur documentaliste, L’image des filles et des garçons dans Harry Potter, mémoire de PLC2, IUFM Lyon, 2005-2006
(8)http://www.bonescope.com/enquete-les-femmes-et-hollywood/ http://www.thewrap.com/tv/blog-post/hollywoods-too-eager-sexualize-young-girls-23332/
(9) Kaufmann, La guerre des fesses, 2013

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