« Les super héroïnes sont toujours des figures qui n’ont pas le physique du rôle »

Le héros était une femmeRencontre avec Gianni Haver, Professeur associé à l’Université de Lausanne, dont les sujets de recherche portent sur l’histoire sociale des médias. Ce chercheur a, par ailleurs, étudié la figure intermédiatique du Super héro via notamment un ouvrage intitulé Le héros était une femme… Le genre de l’aventure (2011).

Quel était l’objectif de ce livre collectif ?

Cet ouvrage se penchait sur l’apparition d’un nouveau modèle d’héroïcité au féminin, qui établissait une rupture avec la figure de l’héroïne classique, souvent un personnage secondaire, souvent accompagnée par un héros, à qui on ne demande pas la même attitude face à l’adversité. Ce nouveau modèle de héros féminin serait un modèle où la femme est le personnage principal en assumant la quête du héros avec un comportement adéquat, y compris l’usage de la violence, autrefois l’apanage de l’héroïcité masculine.

Quelles sont les différences entre les super héros femme et les super héros homme que vous avez pu observer ?

J’ai pu constater combien la manière de traiter la corporalité super héroïque féminine ne va pas dans la même direction que ce qui est demandé à la corporalité super héroïque masculine. Même si les deux figures remplissent le même espace, les mêmes fonctions, on voit bien qu’ils sont déclinés très différemment, non seulement au niveau des éléments de corporalité mais aussi au niveau des super pouvoirs possibles. Il y a des super pouvoirs qui sont plus féminins que masculins, même si la rupture n’est pas toujours si franche. Par exemple, dans l’utilisation des capacités athlétiques et physiques, on observe que la sportivité féminine intègre la notion de grâce, que l’on peut parfois retrouver chez certains super héros masculin comme Spiderman mais qui est tout de même majoritairement le fait des femmes.

Au niveau des super héroïnes, on constate également qu’il y a davantage d’outils faisant appel à l’adresse, comme le lasso de Wonder Woman, mais également des super pouvoirs renvoyant à des logiques mentales ou de protection, comme le champ de force de la femme invisible. D’ailleurs, l’invisibilité dans le champ super héroïque est avant tout un élément féminin. Il s’agit donc plus de résister à l’attaque que de porter une attaque.

Vie affective / vie de super héros, qu’est-ce que qui distingue les personnages féminins et masculins ?

Si l’une des caractéristiques du héros est justement le fait que le lien affectif soit posé comme secondaire car le héros est censé sacrifier sa vie privée pour accomplir sa quête, dans le domaine féminine, ceci a longtemps été considéré comme impossible. La femme étant rattachée au domaine affectif, ce dernier doit faire partie de son héroïcisation. A titre d’exemple, Wonder Woman, tout en étant une super héros patriotique et porte-drapeau, comme Captain America, n’est pas américaine. C’est avant tout une amazone, venant d’une île et tout ce qu’elle réalise, elle le fait indirectement par amour car elle est tombée amoureuse d’un américain.

De votre côté, vous avez plus particulièrement travaillé sur la corporalité, pouvez-vous nous en dire plus ?

Les super héroïnes sont toujours des figures qui n’ont pas le physique du rôle. Le physique d’un héros féminin ou d’une super héroïne est redevable à une esthétique féminine normée et non pas à une corporalité qui doit être mise à l’épreuve et qui a besoin d’une puissance physique conséquente. L’une des figures les plus révélatrices dans cet univers là est celle de She-Hulk. Alors que l’on joue clairement avec des éléments de monstruosité pour Hulk, chez She-Hulk, vous n’avez pas du tout cela, c’est une corporalité dont les dimensions augmentent mais dont les proportions restent tout à fait fidèles à une corporalité féminine sexuellement attractive.

She-Hulk

Au cinéma, dans les années 70/80, on a été chercher des figures d’héroïcité masculine comme des Schwarzenegger, des Sylvester Stallon, qui sortent de l’univers des culturistes, amenant une corporalité performante, mais cela n’a pas du tout été fait pour les héroïnes. Au contraire, la corporalité que l’on a été chercher est complètement conforme, gracieuse et non performante.

Les archétypes féminins/masculins sont-ils plus présents que par le passé ?

D’une certaine manière oui, et les nouvelles technologies permettent de créer des corporalités complètement exagérées. Dans les années 80, il fallait un culturiste pour jouer un super héros, maintenant, c’est anecdotique car la corporalité est créée par l’ordinateur. (…) Pour conclure, je pense qu’il existe à la fois des points sur lesquels les deux modèles, super héros et super héroïnes, tendent à se rejoindre et, à côté de cela, il y a un élément qui pour le moment reste indépassable : la corporalité. Même le côté affectif tend a changé. Dans les années 80, les héros féminins le devenaient pour sauver un enfant ou autre, alors que maintenant, ceci est un peu dépassé.

Propos recueillis par Marion Braizaz

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