« Je suis entourée de femmes qui osent des choses… et pour qui ça marche ! »

Rencontre avec Fanny Auger, Directrice de « The School of Life » à Paris. Passionnée par la littérature, la culture, les « belles conversations » nous dit-elle, Fanny a eu plusieurs « vies » professionnelles. Elle fut tour à tour directrice marketing, puis commerciale, dans la Mode, à Dubai, Paris et Milan. Elle collabore également depuis plus de quatre ans à la start-up My Little Paris, pour développer quelques unes des nouvelles « aventures » de la start-up. Entrepreneuse, elle a également lancé le site poétique « Lettres d’un Inconnu » et écrit depuis de longues années, avec pour projets de sortir son premier livre prochainement.

Fanny Auger, Directrice de The School of Life Paris

Fanny Auger, Directrice de The School of Life Paris Crédits Photos : Morgane Ruiz. Merci au Restaurant Le Fumoir, 6 rue de l’Amiral de Coligny, Paris 1er.

Racontez-nous votre parcours ?

Je suis Lorraine, et je le dis souvent dans mes cours, donc cela doit avoir une importance pour moi. J’ai grandi à la frontière luxembourgeoise, et je suis venue poursuivre mes études à Paris. J’ai une formation très littéraire, et sciences humaines : après mon hypokhâgne-khâgne, j’ai fait une licence, puis une maitrise de lettres modernes à la Sorbonne (sur un sujet passionnant : la femme vampire, ou « vamp », dans la littérature du 19ème siècle !), pour ensuite terminer par Science Po. En sortant des études, je suis entrée chez L’Oréal, où j’ai travaillé en tant que chef de projet marketing, et j’ai découvert LA grosse boîte. J’apprenais énormément mais il me manquait des choses, notamment par rapport à ma formation et à mes goûts personnels. J’ai aussi fait de très belles rencontres, dont Fany Péchiodat, la fondatrice de My Little Paris ; nous avons vraiment eu un coup de foudre amical. Puis à 26 ans, un chasseur de têtes m’a offert un travail à Dubaï. C’était une envie que j’avais depuis longtemps, de m’expatrier. J’ai donc saisi l’opportunité en déménageant au Moyen-Orient où j’ai vécu 5 ans et demi. J’ai commencé par être directrice marketing dans les parfums, puis j’ai ensuite évolué au sein du groupe Chalhoub – qui s’occupe des plus grandes marques françaises dans cette partie du monde – et je me suis retrouvée à 30 ans avec le « job de mes rêves ». Je gérais un réseau de plus de 50 boutiques, en tant que directrice commerciale et du développement (Chanel, Valentino, Ralph Lauren, TOD’S, Hogan, Tara Jarmon, etc…). J’ai adoré découvrir et vivre au Moyen et Proche Orient, et je suis tombée amoureuse de la Syrie, de la Jordanie, et surtout du Liban, mon « pays de cœur », où je retourne très régulièrement. Je suis rentrée il y a quelques jours encore de Beyrouth, où j’allais pour la … 17ème fois !

Cependant, en 2010, j’ai démissionné, et je suis rentrée en France. J’avais, d’une part, un projet entrepreneurial, et, d’autre part, l’envie de revenir à Paris. Je ne parle jamais de ma vie à Dubaï, car c’était surréaliste ; j’avais un appartement de rêve, une voiture de rêve, j’allais à de nombreux évènements, cela peut paraître très glamour, mais finalement, il y a toute une partie de moi, très littéraire, passionnée par la culture, qui me manquait. Dès mon retour, j’ai commencé à travailler pour My Little Paris, fondée pendant mon expatriation par quelques unes de mes meilleures amies ; mais rapidement, je suis retombée dans le piège que la vie m’a tendu ! Je suis redevenue directrice commerciale dans le luxe, pour une belle marque de chaussures italienne, et là aussi, je voyageais beaucoup, j’étais à nouveau au cœur des travers du métier. J’avais un appartement à Paris, un appartement à Milan, et je ne dormais jamais plus de 4 nuits dans la même ville ! Au bout d’un an et demi, j’ai arrêté, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée dans le conseil pour de nombreuses entités (dans la mode notamment). En parallèle, j’ai monté une start-up qui s’appelle « Lettres d’un inconnu ». J’avais pour envie de faire revivre l’art épistolaire. Je n’ai jamais fait de profit, je ne me suis jamais payée, mais j’avais vraiment l’envie de le faire. Hélas, j’ai dû arrêter en juillet dernier, mais je pense que j’en ferai un livre très bientôt, car il s’agissait de très belles lettres, nées de très belles conversations. Je demandais ainsi aux gens de m’écrire une histoire vraie à travers une lettre et de la partager avec le monde ; j’avais à un moment 3500 abonnés à l’international, qui recevaient donc 2 fois par mois, un très beau récit…

Enfin, pour terminer mon parcours, cela fait quatre ans environ que j’ai découvert la School of Life de Londres. Il y a deux ans, au détour d’une conversation avec mes amies de My Little, nous nous trouvons ce point commun. Nous trouvions toutes le concept génial, et avions l’envie d’amener cette école d’un genre nouveau à Paris. Nous l’avons donc lancée en avril 2014 ensemble, et depuis janvier 2015 je vole de mes propres ailes. Me voilà donc entrepreneure, directrice de l’école, et j’y enseigne. Là aussi, c’est une grande surprise, et une nouvelle aventure !

Parlez nous de « The School of Life », quelles sont les ambitions de cette entité ?

Elle a été fondée en 2008 à Londres par un philosophe, Alain De Botton, qui a écrit des ouvrages tels que « Comment Proust peut changer votre vie ? » ; « L’art de voyager » ; « Comment penser plus au sexe ? » En 2008, il créé cette école pour adultes, où l’on apprend tout ce qu’on n’apprend pas à l’école. Chaque soir, des adultes se rassemblent pour explorer les grandes questions de la vie : « Comment réaliser son potentiel », « comment booster sa créativité », « comment faire durer l’amour », « comment avoir de meilleures conversations » (ça, c’est mon cours !) Personnellement, j’ai beaucoup de rêves, d’ambitions, qui me portent. Mais si l’on s’en nourrit, il est vrai que c’est toujours difficile de les partager. Pour la School, j’ai surtout envie que ce lieu devienne un lieu incontournable d’échanges, de partage ; une passerelle pour aider les gens à se reconnecter à leur identité profonde, à être bien, à développer l’intelligence émotionnelle des individus, comme des sociétés de plus en plus nombreuses qui viennent nous voir.

Vous parliez d’entrepreneuriat à l’instant, quels sont les éléments déclencheurs ?

Très bonne question. J’ai l’impression que même lorsque j’étais employée, je ne me suis jamais contentée de ce statut. J’ai toujours voulu aller plus loin en me demandant en permanence « comment on pourrait faire mieux les choses ». Aujourd’hui, on parle beaucoup d’intraprenariat, et c’est une notion dont nous parlons souvent à la School of Life. J’ai toujours été une entrepreneure de mon propre job. Deux personnes qui bossent dans la même boite avec la même « job description » ne vont pas faire la même chose. Du coup, je pense que cela me frustrait de voir qu’il y avait des talents gâchés parmi mes collègues, où encore, de voir qu’il existait des boites où les gens ne s’épanouissaient pas beaucoup. Il y a beaucoup de violences dans le monde du travail et j’avais envie de faire les choses à ma manière. Je pense qu’il s’agit vraiment d’une recherche de sens, d’utilité.

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Crédits Photos : Morgane Ruiz. Merci au Restaurant Le Fumoir, 6 rue de l’Amiral de Coligny, Paris 1er.

La place des femmes sur le marché de l’emploi, de l’entrepreneuriat, qu’en pensez-vous ?

J’ai une vision assez transversale, car j’ai longtemps vécu dans un pays islamique. Evidemment, c’est quelque chose qui me parle énormément. Dès toute petite, j’étais une fan de Simone de Beauvoir. Pourtant, je ne me suis jamais considérée comme « féministe », je me disais plutôt « féminine ». Et finalement, dans ma vie, je n’ai jamais ressenti le fait d’avoir un plafond de verre plus qu’un homme. Je suis également entourée de femmes qui osent des choses, et pour qui ça marche. Du coup, j’ai peut-être eu beaucoup de chance. Au contraire, une fois que l’on a compris le truc, je trouve que c’est une vraie force d’être une femme. Ce n’est pas de la manipulation, c’est simplement dans la manière d’agir. Je trouve que c’est une force. J’en suis très fière et je ne me vois pas être un homme. (…) Vraiment c’est drôle, car c’est une question qui m’intéresse mais je n’ai jamais été confrontée ou gênée par le fait d’être une femme plus qu’un homme. Evidemment, je ne suis pas mariée et je n’ai pas d’enfant, du coup, je n’ai pas forcément de responsabilités financières ou même temporelles, si je désire bosser tout le week-end je peux absolument le faire. Mais sincèrement, je ne vois pas de différence homme/femme au niveau de l’entrepreneuriat.

Avez-vous une approche homme/femmes dans le cadre de votre offre à la « School » ?

Pour le moment, nous avons plutôt une majorité de femmes qui participent à nos cours. Pour la School de Londres, il s’est passé la même chose au départ, puis maintenant c’est très équilibré. Concernant les problématiques, je ne vois pas de différence a priori, que cela soit au cours de « confiance en soi », ou même de « conversations ». En revanche, s’il y a un cours où l’on sent que la problématique parle davantage aux femmes, c’est celui sur l’« harmonisation vie privée/vie professionnelle ». Je ne dis pas que cette une question purement féminine, je pense que les hommes se posent la question, mais différemment. On voit que ceux qui viennent en parler plus spontanément sont davantage des femmes. Néanmoins, sans entrer dans les clichés, je crois que les hommes ont également une pression concernant le fait de réussir sa vie qui est particulière, davantage lié au monde professionnel et au fait de réussir « financièrement ». Dans nos cours, nous ne réfléchissions pas en terme de genre. Mais il est vrai que lors d’une conversation avec une amie, dernièrement, nous constations qu’autour de nous, effectivement, souvent les femmes sabotaient elles-mêmes leurs plans en se mettant elles-mêmes un plafond de verre. Du coup, je suis en train de préparer une formation sur le thème de l’empowerment au féminin et j’évoque notamment une partie liée au look. Je suis convaincue que pour les femmes, il y a une manière de faire ressortir sa différence. Alors que les hommes n’ont pas vraiment cette possibilité !

Vous animez le cours « Comment trouver le Job de ses Rêves » auprès des jeunes de 16 à 25 ans, il y a-t-il des différences hommes/femmes dans la manière de se positionner par rapport au premier emploi ?

C’est étrange, mais oui, dans ce cours, je le sens. Déjà, il y a peu de garçons qui s’inscrivent à ce cours. Je leur parle de choses atypiques, comme la chance, le network, les peurs, l’échec, les barrières qu’on se fixe soi-même, et qui nous entravent, puisque je ne suis ni leurs parents, ni leur conseillère d’orientation. Je leur cite même une phrase de Sheryl Sandberg, la numéro 2 de facebook, dont j’ai adoré l’ouvrage « En avant toutes » : « sortez avec tous les garçons que vous voulez, les bad boys, les rétifs à l’engagement, mais quand vous choisirez le père de vos enfants, prenez un type gentil qui vous aidera ! »

Dans ce cours, j’essaie de leur expliquer que ce n’est pas grave de ne pas réussir, d’échouer, ce qui est important, c’est de voir ce qu’on en fait, comment on se relève, plus forte. Je leur évoque notamment l’excellent discours de J-K Rowling, qu’elle avait prononcé à la remise des diplômes de Harvard en 2008, sur les bénéfices de l’échec. Elle explique qu’à un moment dans sa vie, avant d’écrire Harry Potter, elle n’avait plus de peurs. Car sa plus grande peur s’était déjà réalisée. Elle n’avait plus rien. Mais elle était vivante, et avait une petite fille qu’elle adorait, une machine à écrire, et une grande idée. Et elle insiste : si elle n’était pas tombée si bas, elle n’aurait jamais trouvé les fondements sur quoi elle a bâti son succès. L’honnêteté, c’est vraiment une clé. Souvent, les gens n’osent pas être honnêtes, se disant qu’ils vont être ridicules, déconsidérés, ne vont pas être embauchés… Je pense vraiment que c’est le contraire. Tout est une histoire de bonnes conversations, claires et sincères, avec un inconnu, avec un employeur potentiel, avec soi-même…

Propos recueillis par Marion Braizaz

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