« J’ai créé Biilink pour aider les femmes qui lancent leur startup à réussir »

Stéphanie Wismer Cassin

Stéphanie Wismer Cassin

Rencontre avec Stephanie Wismer-Cassin, présidente du groupe Jador et fondatrice de Biilink. Elle est entrepreneure dans l’âme depuis l’âge de 23 ans et obsédée par la responsabilité sociale du dirigeant d’entreprise.

Comment est né ce projet de créer un réseau social de startups dédié aux femmes entrepreneures ?

L’idée m’est venue le soir d’un 24 décembre. Je faisais le plein à une station-service entre Rouen et Le Havre et il y avait une femme SDF qui « faisait la manche ». Sa situation m’a touchée, et j’ai discuté avec elle… Elle avait tenté de créer une entreprise, cela n’avait pas fonctionné, au même moment elle avait divorcé et toute une spirale destructrice c’était formée autour d’elle… Moi qui avais eu la chance de créer ma propre entreprise à l’âge de 23 ans avec succès, je me suis dit : «  Dans quelle société vit-on ? Qu’est-ce que je peux faire à mon niveau pour essayer d’améliorer les choses ? » Deux stagiaires d’école de commerce m’ont aidé à y répondre en « fouillant » les chiffres de l’économie. Un chiffre clé en est ressorti : l’entreprenariat féminin représente moins de 3 % de la population active féminine. C’est à cette cause que j’ai décidé de dédier Billink !

Avec les années, quelles directions votre entreprise a-t-elle prise et pour quelles raisons ?

Au départ Biilink était un réseau social pour startups réservé aux femmes, car je pense que l’entrepreneuriat féminin est le levier économique et social actuel le plus puissant jamais exploité au monde. Je voulais que Biilink puisse être un catalyseur permettant une accélération de la gestion de projet par le lien et la connexion. En effet, malgré les mesures progressistes des pouvoirs publics et des acteurs privés, le monde des startups, enjeu économique majeur de demain, reste confronté à plusieurs problématiques déterminantes : le timing très serré entre développement du concept et la levée de fonds, l’opacité du marché, l’atomisation des ressources, l’enclavement local des acteurs, la protection des idées et enfin, plus récemment, la commercialisation des produits et/ou des idées.

Au départ réseau social destiné à promouvoir l’entrepreneuriat des femmes, la vocation de Biilink s’est élargi à tous une première fois en mai 2015 pour devenir une Marketplace collaborative entièrement gratuite permettant aux startups du monde entier de se retrouver, se référencer et se faire connaître, s’évaluer mutuellement et être connectées avec l’ensemble de l’écosystème de la nouvelle économie grâce aux outils de géolocalisation. On y trouve un module de publication d’annonces de recrutement de personnel et de prestataires, des expressions de besoins d’accompagnements, tout en ayant des « liens » vers les autres réseaux sociaux, plateformes de financement et de crowdfounding dédiés aux startups. Il s’agit bien d’un projet humaniste.

BiiLINK est autofinancé par l’entreprise que j’ai fondé, le groupe Jador , spécialisé à Rouen dans les services Telecom et internet aux entreprises. Certains salariés du Groupe consacrent une partie de leur temps de travail rémunéré par Jador à Biilink ! Mais également par des partenariats, et enfin par les revenus de la plateforme e-commerce de la Marketplace, les commissions sur les ventes réalisées. En 3 ans, Biilink a vu passer plus de 5000 startups dans 83 pays (dont Chine, Australie, Etats-Unis, Israël, Sénégal, Allemagne, etc.), 30 000 membres enregistrés sur la plate-forme d’entrepreneuriat féminin et a accompagné concrètement 1000 projets. Son évolution récente a consisté à démarrer la création début octobre du premier service mondial de e-commerce dédié à la nouvelle économie.

Selon vous, les femmes sont-elles des entrepreneures différentes des hommes ?

Je ne pense pas qu’il y ait de différence fondamentale. Enfin si, une malgré tout… Celles que j’ai rencontrées sont plus soucieuses de leur responsabilité sociale quand elles créent leur entreprise. Elles intègrent cette dimension instantanément et peut-être de façon plus instinctive que les hommes. Beaucoup de projets féminins naissent d’un manque constaté et souhaitent y pallier par l‘entrepreneuriat, ce sont des actrices clés de l’entrepreneuriat solidaire.

Comment le digital participe-t-il à l’empowerment des entrepreneures selon vous ?

Le digital apporte le soutien et l’entraide qui peut manquer à tout entrepreneur, mais peut- encore plus aux femmes qui n’ont pas un « don » naturel pour le réseautage. C’est pour cette raison que j’ai créé Biilink. Avec ce réseau social qui ne pourrait pas exister sans le digital, une entrepreneure n’est plus isolée et seule face aux problématiques de développement de sa startup. Grace à la géolocalisation, elle voit les startups qui sont proches géographiquement, elle peut dialoguer, poser des questions, échanger des solutions, se dépanner. « J’ai besoin d’un développeur pour tel projet, qui en a utilisé en free-lance ? », etc… La mise en relation est facile, les réponses rapides… sans le digital rien de tout ça ne serait possible de façon aussi performante.

Quelles sont vos ambitions pour les années à venir pour encourager les startups, pour développer leur légitimité ?

Je veux développer Biilink, lui donner encore plus de résonnance. C’est pour cette raison que j’ai récemment crée la Marketplace qui permet aux startups de commercialiser leur produits… gratuitement si elles le souhaitent ! C’est-à-dire sans reverser aucune commission à Biilink ! Et pour une startup, c’est impossible de créer son propre site de e-commerce et la distribution de leurs premières productions est un vrai casse-tête : où, comment, avec qui, à quel coût… Avec Bilink, elles proposent leurs produits et elles font leurs premières ventes, très simplement et à un coût exceptionnel puisque à zéro commission si elles le souhaitent. Je crois au fair-play des startups : dès qu’elles en auront les moyens, elles reverseront des commissions raisonnables à Biilink pour aider le site à fonctionner et participer au développement d’autres startups.

Et je peux vous annoncer que je vais organiser dans les semaines qui viennent un grand concours réservé aux startups qui leur permettra de gagner près de 20 000 euros d’aide directe en cash, une prise de participation, et une accélération pendant 1 an pour contribuer à leur développement. Je suis en train de finaliser les modalités et le jury, mais déjà SFR Business, la fibre d’entreprendre, s’est engagé auprès de moi dans ce combat pour les startups et sera notre partenaire principal.

Propos recueillis par Yaël KUSCH-STASSART, CEO de K&S Emotions

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