7 chiffres pour comprendre ce que cachent les enfants sur Internet 

3 ans : tel est l’âge moyen à partir duquel les enfants commencent à « utiliser » Internet. Voici ce que révèle une enquête publiée en avril 2014 par le site anglais Netmums sur les usages web des plus jeunes. Menée aux Royaume-Uni auprès de 825 enfants âgés de 7 à 16 ans, l’étude pointe du doigt, entre autres, l’ignorance des parents quant aux pratiques de leurs enfants. (1)

LES ENFANTS ACCROS A INTERNET
1 enfant sur 7 passe 4 heures/jour sur le web

Alors que les parents tentent de contrôler l’accès à internet de leur progéniture, il semblerait que les enfants passent deux fois plus de temps en ligne chaque jour que ce que leurs parents imaginent. Bien que les ? des parents supposent que leur enfant passe moins d’une heure par jour en ligne, il s’avère, en réalité, qu’ils y passent en moyenne 2 heures par jour. Certains enfants (1 sur 7) sont, d’ailleurs, totalement accros à Internet et peuvent y passer 4 heures chaque journée. D’ailleurs, plus de la moitié des enfants ont accidentellement consulté un contenu inapproprié en ligne et 1 enfant sur 11, recherche délibérément ce type de contenu.

Sur internet, apprends…ce qu’il te plait !

D’une manière générale, les parents défendent les bienfaits d’internet. Selon plus de la moitié d’entre eux, le web est important pour les devoirs des enfants. 82% des parents estiment que leurs enfants ont développé grâce à la toile d’ « importantes compétences en informatique » nécessaires à la recherche d’emploi dans le futur. Un tiers des parents déclare même qu’internet permet à leurs enfants de connaître bien plus de choses qu’eux-mêmes en connaissaient au même âge.

LES PARENTS SONT-ILS LAXISTES ?
1 parent sur 8 laisse son enfant, dès 2 ans (voire moins), utiliser internet

Les adultes semblent peu enclins à limiter l’accès à internet. Seul 1 parent sur 7 a attendu que son enfant soit âgé de 7 ans pour lui laisser l’occasion d’aller sur internet. A l’opposé, 3 parents sur 10 (soit 29% de l’échantillon) permettent à leurs enfants d’aller sur internet sans aucune restriction ou surveillance. Ce laisser-aller peut s’avérer très néfaste pour les plus jeunes, de récents rapports montrant que la dépendance aux tablettes était de plus en plus courante chez les enfants. Car si les ordinateurs restent le support le plus populaire auprès des enfants pour accéder à internet (85%), les tablettes sont de plus en plus utilisées (par 56% des enfants), voire même les smartphones (45%). Le contrôle parental est, ainsi, d’autant plus distancé. « Dans la famille contemporaine, (…) les parents ne veulent pas créer leur enfant, ils souhaitent produire les meilleures conditions pour que la nature de leur fille ou fils puisse se développer » écrit le sociologue François De Singly. (3) Cette nouvelle place des enfants dans la famille explique, entre autres, cette liberté qui leur est accordée quant au web. Cependant, derrière l’écran, la toile ne semble pas toujours rose.

INTERNET : UNE PORTE D’ENTREE DANGEREUSE
18% des enfants ont déjà visionné des contenus à caractère pornographique

Sur internet, les enfants sont mis en contact avec des sites nuisibles. Les contenus inappropriés les plus regardés par les enfants sont donc : des scènes de cruauté envers les animaux (visionnée par 26% des enfants de l’enquête), des images pornographiques (18%), des sites faisant l’apologie de l’anorexie (24%) ou du suicide (11%). Si la majorité des enfants (77%) affirment ne pas être influencés par ce type de contenus, 17% d’entre eux déclarent avoir « pensé à essayer ce genre de pratiques », notamment les pratiques alimentaires comme l’anorexie. Alors que 64% des jeunes interrogés déclarent avoir eu une expérience négative sur internet, les parents l’ignorent fortement. Ils sont seulement 22% à avoir eu connaissance de ces mauvaises expériences. Siobhan Freegard, co-fondatrice de Netmums.com commente : « Le Web est une invention étonnante et essentielle qui fait désormais partie de la vie de nos enfants, mais la technologie évolue si vite, qu’il est impossible de prédire l’effet que cela aura sur eux. »

LES ENFANTS JOUENT AUX ADULTES … SUR INTERNET
1 enfant sur 4 a déjà menti sur son âge pour s’inscrire à Facebook

Visionner des contenus interdits n’est pas la seule transgression des enfants sur internet, certains d’entres eux n’hésitent pas à mentir sur leur âge ou, au contraire, à dévoiler leur intimité. Un quart des jeunes de l’enquête (28%) ont admis avoir prétendu être plus vieux pour pouvoir s’inscrire sur Facebook (dont l’accès est interdit au moins de 13 ans). 8% ont envoyé des messages textuels à caractère sexuel sur la toile et 4% ont même transmis des images sexuelles d’eux-mêmes. Si ces chiffres sont susceptibles de choquer les parents, il faut savoir qu’un enfant sur 20 a même accepté de rencontrer dans la vraie vie un parfait inconnu croisé sur internet… Pour le psychologue Serge Tisseron, il est essentiel de sensibiliser les parents, cependant, internet ne doit pas être plus diabolisé que la vie réelle : « C’est toujours bien d’alerter, mais la violence et la sexualité ne sont pas pires sur le net qu’ailleurs. La pornographie existe sur le net, mais elle est présente partout. Il suffit d’aller chez son marchand de journaux pour voir, à 50 cm du sol – à hauteur d’enfant – des magazines pornographiques… Idem pour la violence, omniprésente. » (2)

INTERNET : UNE NOUVELLE PATHOLOGIE INFANTILE ?
1 enfant sur 3 déclare être « en colère » quand il ne peut pas surfer

Internet est entré dans le quotidien des enfants. Ainsi, un tiers des enfants interrogés témoignent du fait qu’ils se sentent « en colère et grincheux » s’ils ne peuvent pas surfer sur internet. L’usage trop important du web entraine même des conséquences physiologiques : 1 enfant sur 9 avoue avoir pris du poids du fait de rester trop souvent devant un écran. Cependant, selon Serge Tisseron, on ne peut pas vraiment parler d’addiction : « L’humain a toujours peur du nouveau, et essaie d’expliquer le nouveau par l’ancien, en l’occurrence parler d’addiction pour internet, comme l’on parle d’addiction aux drogues. (…) Je préfère parler de dépendance ou, mieux encore, d’assuétude, un terme qui désigne l’habitude. Avec ce mot, on ne se prononce pas sur le fait que ce soit normal ou pathologique. Il y a des bonnes habitudes et des mauvaises habitudes. » (2)

UNE CAPACITE DE CONCENTRATION DIMINUEE
28% des enfants ont du mal à se concentrer sur des loisirs « offline »

Certains parents s’inquiètent tout de même de l’usage d’internet de leurs enfants. Selon 8% d’entre eux, les enfants auraient d’ailleurs plus de mal à se concentrer sur des activités « offline » minutieuses (comme lire un livre). Mais ici encore, ils sous-estiment les méfaits d’internet car 28% des enfants déclarent avoir de plus en plus en mal à réaliser des activités « offline » nécessitant de la concentration. Pour combattre ces effets pervers, 75% des parents déclarent avoir mis en place des restrictions au niveau du temps passé par leurs enfants devant des écrans.

PRIVE DE SORTIE OU PRIVE D’INTERNET ?
72% pensent qu’ils ne devraient pas passer plus de 2 heure/jours sur le web

« Il ne faut pas attendre que l’enfant ait 14 ans et qu’il passe 8 heures par jour devant son ordinateur pour s’inquiéter » déclare Serge Tisseron « Dès petit, il faut poser un cadre, avec ce que j’appelle un « temps d’écran. » A 3 ans, 45 minutes, à 4-5 ans, une heure, à 7-8 ans, deux heures, etc. Lorsqu’à 8 ans, l’enfant découvre les jeux vidéo, le temps de jeux ne doit pas s’ajouter à celui de la télé, mais être englobé dans ce temps d’écran. » Le traditionnel « privé de sortie » a muté en « privé d’écran ». Face à ces punitions, un tiers des enfants se résignent en acceptant leur sort, mais 57% se disent « énervés » et 1 enfant sur 8 choisit même de contourner l’interdiction en se rendant sur internet secrètement.

Malgré tout, l’étude de Netmums révèle une certaine maturité des enfants qui reconnaissent passer trop de temps sur internet. Ils sont d’ailleurs 35% à penser que les enfants ne devraient pas passer plus d’une heure par jour sur internet et 72% à vouloir une limite à deux heures par jour. 

La toile étant perçue comme une espace de libre expression avant tout, peu de réglementations la régissent et protègent les enfants de contenus indésirables. « Certains scientifiques ont prédit que l’extrême exposition à internet pourraient altérer la manière dont les enfants pensent. D’une certaine façon, nous sommes actuellement au cœur d’une gigantesque expérience dont nos enfants sont les cobayes. Nous éduquons une génération de génies du digital mais quel en sera le prix ? » conclut Siobhan Freegard.

#marion#

 
Sources :
(1) Enquête menée par le site Netmums, dédié aux femmes, dont l’audience atteint un million de visiteurs uniques chaque semaine. L’échantillon de l’enquête se compose de 825 enfants âgés de 7 à 16 ans, interrogés auprès de leurs parents (1127). De nouveaux résultats sont à venir car Netmums travaille en collaboration avec l’université d’Oxford pour approfondir son enquête.
(2) http://www.psychologies.com/Culture/Medias/Interviews/Nos-enfants-et-le-net-cadrer-communiquer-accompagner
(3) François De Singly, Sociologie de la famille contemporaine, 2000

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