Couple, amour : « Nous devenons de plus en plus exigeants »

Les Rencontres de l’Influence – Interview de Léa Feutre

Elles sont devenues influentes sur les réseaux sociaux et leurs abonné(e)s entretiennent avec elles une relation de confiance. Qu’elles soient expertes de la beauté, de la mode, du monde culinaire, de la vie en couple, de l’univers geek ou autres, leurs conseils et bons plans sont suivis par de nombreux internautes. Pourquoi ? Car elles ont réussi à construire leur blog, leur chaîne YouTube, leur profil Instagram ou leur compte Pinterest, placés sous le signe de l’authenticité.

Rencontre avec ces nouvelles héroïnes « digitales » et plus particulièrement avec Léa Feutre qui a créé son blog : Parler d’Amour, où elle parle des thèmes de l’amour avec un grand A, du couple et de l’équilibre de la vie à deux. 

Léa Feutre

Léa Feutre

Comment est née votre aventure « Parler amour » ?

Quand j’étais jeune je rêvais de devenir écrivaine, alors je griffonnais à longueur de journée sur des petits carnets en cuir. Aujourd’hui, j’en ai une trentaine remplis de bribes de textes, de pensées diverses et variées, tous entassés dans un lieu sûr, comme un trésor.

Est venu le temps des amours adolescentes où j’ai commencé à recevoir des lettres d’admirateurs secrets, de mes petits amoureux et où je prenais un plaisir fou à leur répondre et à conserver ces correspondances épistolaires. Mes parents ayant une valise entière remplie de leurs lettres d’amour (à l’époque où ils ne vivaient pas encore ensemble), les relations épistolaires ont, d’une certaine manière, toujours fait partie de moi. J’ai ensuite étudié de façon plus approfondie la littérature au lycée Chaptal en Hypokhâgne et Khâgne où le genre épistolaire est devenue une véritable addiction pour moi : j’aime pénétrer dans l’intimité des auteurs que nous avons tous lus, j’aime lire les correspondances houleuses ou érotiques de ces héros ou antihéros de l’histoire comme Bonaparte ou Sade.

Dans le même temps, je commençais à m’intéresser aux relations hommes-femmes, dévorant des livres sur la sexualité, le couple, le développement personnel (…) écrits par des sexologues, des thérapeutes, des psychiatres ou autre. J’ai ainsi écrit à 21 ans un guide de développement personnel sur la sexualité pour adolescents : « Comment faire  l’amour, la première fois et les suivantes », afin de désacraliser la fameuse première fois et de donner des conseils concrets aux jeunes hommes peu confiants.

J’ai créé www.parlerdamour.fr pour promouvoir ce livre. Toutefois, très rapidement je me suis rendue compte que je n’avais pas envie de parler aux adolescents mais bien aux adultes, en couple ou non, pour essayer de répondre au mieux aux questions existentielles que l’on se pose tous.

Parler d’Amour était né.

Un jour, j’ai posté sur le site une lettre d’amour que j’avais écrite il y a quelques années mais que je n’avais jamais osé remettre à son destinataire. La lettre a eu un grand succès, à tel point que dans les commentaires, les gens me demandaient d’en écrire pour eux. J’ai longtemps proposé ce service d’écriture gratuitement (en échange, la lettre était publiée sur le site). Puis, les demandes abondant, le service est devenu payant.

On dit souvent que je suis Théodore Twombly dans le film « Her » et c’est, à peu de chose près, tout à fait ça.

Quelles sont les types de « commandes » que vous recevez ?

Je reçois vraiment tous types de commandes : autant d’hommes que de femmes ont recours à mes services d’écritures.

Les demandes les plus courantes sont les lettres d’amour, de rupture (souvent pour quitter son amant/sa maîtresse), des lettres d’excuse, des lettres pour demander à son amant/sa maîtresse de tout quitter pour vivre avec, des lettres pour récupérer son ex…

Mais je reçois aussi des demandes très particulières : des poèmes avec des métaphores filées précises, des lettres déjà écrites que je dois raccourcir et rendre plus « fun », des contrats SM, des lettres de colère après une trahison…

Pouvez-vous nous citer un exemple qui vous a marqué ?

Deux commandes m’ont vraiment marquée :

La première était celle d’une femme dont le conjoint était professeur de français dans une université : elle m’a demandé de lui écrire un poème avec, pour métaphore filée, la fontaine de jouvence en m’expliquant que la lettre devait être à la fois pleine d’amour, sensuelle et sexuelle. Pourquoi la métaphore de la fontaine de jouvence ? Tout simplement parce que cette femme était beaucoup plus jeune que son partenaire (et aussi, m’expliquait-elle, parce qu’elle était « femme fontaine »… Plutôt originale comme demande ! J’ai beaucoup aimé écrire ce poème, cela m’a pris plus de temps que d’habitude mais j’aime les commandes qui me challengent.

La deuxième commande qui m’a marquée était celle d’une femme qui voulait que je lui rédige un contrat d’esclavage… Sur le coup, je me suis vraiment demandé de quoi elle voulait parler. Il s’agit d’une femme « maîtresse », qui aime dominer. Dans le domaine SM, que je ne connaissais absolument pas, les femmes maîtresses écrivent des « contrats » à l’homme avec qui elles veulent vivre afin de lui spécifier tout ce qu’il devra faire et ce qu’il n’aura pas le droit de faire. Assez impressionnant !

Les « commandes » des hommes et des femmes sont-elles similaires ou avez-vous noté des singularités ?

Les commandes sont assez similaires. La seule véritable différence que j’ai pu noter est lors du formulaire qu’ils remplissent pour me donner toutes les informations sur leur histoire. En effet, les hommes sont souvent concis quand les femmes racontent en détail tout le contexte. En moyenne, un homme écrit une demi-page Word pour expliquer leur histoire alors que les femmes atteignent facilement les deux pages.

Selon vous, hommes et femmes appréhendent-ils aujourd’hui de manière semblable leurs relations amoureuses ?

Oui et non. C’est souvent au cas par cas : certains hommes sont moins démonstratifs, tout comme certaines femmes par exemple. En règle générale, il y a vraiment un « souci » d’être en couple, comme pour prouver à la société sa normalité. Mais qu’est-ce que la norme me direz-vous ?

Avec tous les nouveaux sites et applications pour trouver l’amour, l’être humain est presque devenu un produit : on coche des cases pour remplir nos critères pour trouver le partenaire idéal tout comme nous cochons des cases pour trouver le canapé idéal… Ainsi, nous devenons de plus en plus exigeants… L’autre « problème » réside dans la rupture : il paraît (et je dis bien « paraît » car ce n’est pas du tout le cas dans la réalité) si simple de rencontrer quelqu’un que dès que le couple rencontre un problème, les partenaires se séparent plutôt que de faire un travail sur leur couple.

Propos recueillis par Marion Braizaz

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