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Les rencontres du Gender Marketing, interview n°19


Interview GALERIES LAFAYETTE
Avec Anne-Marie Gaultier-Dreyfus, Directrice Marketing
Le 18 mai 2012

Agence L / Womenology
Comment décririez-vous la cible des Galeries LafayetteAnne-Marie Gaultier-Dreyfus, Directrice Marketing Galeries Lafayette

Anne-Marie Gaultier-Dreyfus
D’après l’Omnibus TNS 2011, la grande majorité des acheteurs réguliers sont des femmes. L’âge moyen de notre cible est de quarante-deux ans. Nous sommes davantage représentés sur l’Île-de-France et sur les CSP +, et majoritairement sur les foyers sans enfant. Il y a une surpondération des 15-24 ans et des 24-35 ans et une micro surpondération sur les femmes plus âgées. Nous avons aussi une surreprésentation des foyers avec un enfant. Cela signifie que les femmes plus jeunes qui n’ont pas encore d’enfants dépensent un peu plus d’argent sur la mode, et le jour où les enfants rentrent dans le foyer, elles font de nouveaux arbitrages budgétaires en faveur de l’habillement des enfants et des autres dépenses dans le foyer.

Une récente étude de l’Institut Français de la Mode décrypte le comportement des Européennes dans les magasins de vêtements


Suite à une étude menée après de 1500 femmes européennes en 2011, l’Institut Français de la Mode explique pourquoi les femmes sont essentielles à la croissance dans le secteur de l’habillement, ce qui les pousse à acheter… et les différentes approches du style selon les pays.

La mode, une préoccupation essentielle pour les Européennes

En Europe, les femmes représentent en moyenne 50% des sommes dépensées dans l’habillement (un secteur dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à 15 milliards d’euros en France). La tendance observée depuis une dizaine d’années est la multiplication du nombre de vêtements achetés, grâce à la baisse des prix (-13% entre 2000 et 2010). Cela se traduit dans les enseignes préférées des Européennes : si Prada et Longchamp sont leurs marques idéales lorsqu’il s’agit de sacs, elles préfèrent faire leur shopping chez Zara et H&M.

The Kooples, marque indispensable des couples branchés


Alexandre, Laurent et Raphaël Elicha étaient tout destinés à travailler dans la mode : leur père Tony est le fondateur de la marque Comptoir des Cotonniers, et il a très tôt impliqué ses fils dans l’aventure. En 2008, les trois frères en ont repris certains codes (la publicité faisant poser un duo), ont adapté leur cible marketing (les couples jeunes et branchés), et The Kooples était né. Trois ans après, c’est une des marques textiles qui se développe le plus rapidement, en France comme à l’étranger…

C’est par un buzz que The Kooples s’est fait connaître : avant même l’ouverture de la première boutique, la marque a lancé une grande campagne de publicité mettant en scène des couples, sans aucune mention de la marque. Il s’agissait de susciter l’attention, mais aussi de montrer toute l’originalité du concept : une seule boutique pour les hommes et les femmes, avec des collections presque mixtes, comme l’illustre le slogan « Un vestiaire pour deux ». Hétérosexuels ou homosexuels, jeunes ou vieux, tous types de couples étaient représentés. Leur seul point commun ? Le style.

Zadig & Voltaire, féminité et rock’n’roll


C’est en 1996 que Thierry Gillier, avec sa compagne Amélie, crée Zadig & Voltaire, une marque de vêtements pour jeunes adultes catégorisée « luxe accessible » et « inspiration rock&roll ». Quinze ans plus tard, la marque possède une centaine de points de vente à travers le monde… et une croissance parmi les plus élevées du secteur textile, qui laisse présager un bel avenir à la marque.

Têtes de morts, aigles, strass… et égéries à l’avenant, comme la très rock Erin Wasson : la marque Zadig & Voltaire affiche clairement son impertinence. Son fondateur, Thierry Gillier, pensait en effet qu’il s’agissait d’un créneau trop peu occupé par les marques de prêt-à-porter haut de gamme, qui se cantonnaient jusqu’alors à un registre classique sans voir qu’une envie de nouveauté et d’affirmation de soi soufflait chez les Parisiennes. « la femme Zadig & Voltaire est jeune dans sa tête et ça se voit dans sa penderie. Elle est moderne, chic et décontractée. Elle s’approprie la marque, et réinvente son propre style selon ses envies, en s’affranchissant des modes. Elle est plutôt androgyne – je n’aime pas l’hyperféminité, elle peut devenir vulgaire et éteindre toute personnalité. La femme Zadig, elle, elle est libre et elle s’assume… » (voir interview ici). Pour faire connaître sa marque, et pousser l’impertinence jusque dans sa gestion, il a décidé de sortir 6 collections par an, contre 2 habituellement – un coup de génie qui fit parler de lui dans le milieu de la mode.

Agnès b., une marque qui veut que la femme s’épanouisse dans ses vêtements


Grâce à sa marque de mode et de maquillage Agnès b., créée avec son ex-mari Christian Bourgois (d’où le b. du nom), la créatrice Agnès Troublé détient désormais une fortune estimée à 65 millions d’euros… et une marque qui parle à toutes les femmes, comme nous l’explique notre experte Françoise Carré.

Agnès Troublé a toujours su qu’elle voulait créer des vêtements qui feraient rayonner la femme qui les porte. Journaliste chez Elle, dont elle déteste l’ambiance qu’elle trouve compétitive et mesquine (voir interview ici), elle peaufine sa culture de la mode avant d’ouvrir sa première boutique à l’âge de 34 ans. Ses pièces sont des classiques, simples et élégants, d’une qualité et d’une finition extrêmement soignée, comme le cardigan-pression inventé en 1979 et qui deviendra une pièce-phare de la maison : « Ce qui est remarquable, c’est qu’Agnès b. ensuite reprend ce cardigan dans toutes ses collections. Comme on remet un disque qu’on aime. Comme la robe-chemise : si les clientes aiment une pièce, elle la conserve d’année en année. C’est comme ça que l’on crée des vêtements emblématiques : ce cardigan, c’était du molleton et trois pressions, (certes, détourné de son usage habituel, avec une excellente gamme de couleurs), c’est devenu un tube, et un symbole  », explique Françoise Carré.

En effet, Agnès b. veut en faire plus que des vêtements : « La mode, selon moi, ne devrait jamais devenir une fin en soi. ». Les clientes épousent donc une manière de penser autant que de tailler : une simplicité, une volonté de faire un vêtement dans lequel on se sent à son avantage autant qu’à l’aise, intemporel : « Les modes qui passent ne m’intéressent pas. Je ne lis pas la presse spécialisée et je ne vais jamais aux défilés des autres. C’est le style qui m’intéresse, pas les modes. ». Françoise Carré confirme : « Contrairement à certaines marques qui sont de purs concepts marketing, Agnès b. est une marque de créateur : Agnès Troublé s’exprime dans ses vêtements, et crée un univers vestimentaire bien à elle. Et même plus que cela, Agnes b est un de ces créateurs qui parlent de mode de vie, et créent un univers culturel.  »

Cette volonté de se démarquer des modes et des codes des marques de prêt-à-porter, Agnès b. l’affirme aussi dans ses collections. « Je dessine des collections très variées parce que les femmes sont toutes différentes. Le style Agnès b., c’est b. yourself ! Mon but, c’est que chaque femme trouve une pièce qui lui ressemble, se l’approprie et lui donne une attitude. » (voir interview ici).

Les femmes et Sonia Rykiel


Une styliste, une écrivaine, une Commandeur de la Légion d’Honneur – Sonia Rykiel est tout cela à la fois, mais elle est avant tout une femme comme les autres, et elle ne l’oublie pas. Elle prône la « démode » – adapter la mode au corps féminin et à son propre style, au lieu de se plier aux diktats des grands couturiers – et a fait sensation en demandant à ses mannequins… de sourire sur le catwalk. Bref, Sonia Rykiel est une créatrice atypique, qui s’est toujours battue pour la liberté de la femme, et c’est peut-être de là qu’elle tire son infatigable succès.

Sonia Rykiel prône la liberté de la femme depuis l’ouverture de sa première boutique, en… mai 1968. Ses créations sont spectaculaires, mais toujours adaptables à la vie quotidienne – pour preuve, sa collection-capsule avec l’enseigne de prêt-à-porter tout public H&M, en 2010. Mais même dans ses collections traditionnelles, Sonia Rykiel a toujours voulu créer des vêtements que les femmes pourraient s’approprier sans efforts. Sa création phare est tout simplement le pull en mailles, et elle n’hésite pas à créer un coin sportswear moins cher dans chacune de ses boutiques, pour offrir à tous les budgets la possibilité de s’habiller en Rykiel.

L’essayage, un tête-à-tête entre une femme et un vêtement


Pour les hommes, une cabine d’essayage est un lieu quasi-inutile : la plupart du temps, ils connaissent leurs tailles dans leurs boutiques favorites et achètent sans même essayer. Impensable pour les femmes, qui essayent, en moyenne, 11 jeans avant d’en trouver un qui convient à leur morphologie (étude Levi’s)… Pour une femme, la cabine d’essayage est donc un endroit qui donne lieu à un rituel bien précis, avec un dénouement plus ou moins valorisant.

Entrer dans la cabine, suspendre ses (peut-être) futurs achats sur le portant, fermer soigneusement le rideau, et commencer l’essayage. Puis être au désespoir si les courbes s’échappent du vêtement convoité, ou ravie s’il épouse parfaitement les formes. Toutes les femmes ont connu ce rituel, passage incontournable lorsqu’elles font du shopping… Et pourtant, il y a différents types d’essayages, qui n’ont pas la même signification pour les femmes :

Madame Grès, de la couture à l’œuvre


Jusqu’au 24 juillet 2011 se tient au musée Bourdelle une rétrospective consacrée à une couturière hors pair : Madame Grès – Germaine Krebs de son vrai nom -  est à l’honneur à travers 80 de ses plus belles créations, et l’exposition est à la hauteur des modèles présentés.

Dans les vêtements conçus par Madame Grès, tout respire la féminité : le tissu est coupé au minimum, l’utilisation du plissé (« pli Grès », d’inspiration antique) permet de sublimer les formes en créant du volume, les matières nobles, comme la soie et le taffetas, dessinent une ligne que leur créatrice voulait intemporelle. Fi des modes, Madame Grès invente des robes qui résistent au passage du temps, sublimes quelle que soit l’époque. Ce sont toujours des pièces simples en apparence mais extrêmement travaillées, qui transforment la femme qui les porte en déesse.

Les femmes cadres supérieures, une cible de choix pour l’industrie de la mode


Ces femmes ont atteint le haut de la hiérarchie professionnelle, et ont donc acquis un poids considérable en termes de pouvoir d’achat. Concernant leur style vestimentaire, si le tailleur strict n’est plus une norme imposée, le vêtement doit continuer à créer une aura d’autorité et d’assurance pour ces femmes au sommet. Une équation complexe à laquelle s’attellent avec ardeur les enseignes vestimentaires, qui ont bien compris que les femmes CSP+ étaient une cible de choix…

Source : Les Echos.

En ce qui concerne la mode, pas facile de trouver le juste dosage entre fantaisie et conventions tacites dans le monde du travail ! Pourtant, les femmes de pouvoir sont de moins en moins nombreuses à se cacher derrière un uniforme standardisé – le classique tailleur-pantalon -, et veulent trouver leur propre style vestimentaire.

Les marques de mode ont très vite vu l’intérêt de cibler ces catégories, des femmes indépendantes financièrement, pour qui le vêtement doit être féminin et adapté à leurs goûts, mais également véhiculer un certain professionnalisme. Il faut donc allier style, aspect pratique et respect du statut socio-professionnel. Serge Cajfinger, créateur de Paule Ka, explique : « J’adapte mes vêtements à la réalité de leurs vies, ce qui ne m’empêche pas de les faire rêver pour les voir revenir en boutique… »

Lacoste, ou quand le crocodile veut séduire les femmes


La marque au crocodile, qui existe depuis 1933, veut redynamiser son image en se diversifiant et en attirant de nouveaux publics. Cible n°1 : les femmes, qui ne représentent que 25% du chiffre d’affaires… mais 80% des clients. Un énorme potentiel que la marque entend ne plus négliger. Source : Management.

Lacoste veut donc apprendre à parler aux femmes. Première étape : la marque vient de recruter le designer Felipe Oliveira Baptista, 35 ans, qui a fait ses armes chez la célèbre enseigne de prêt-à-porter féminin haut de gamme Max Mara et a aujourd’hui le vent en poupe dans les magazines de mode. Son objectif ? Rajeunir et féminiser la marque, qui est restée trop longtemps cantonnée à l’indétrônable polo de tennis BCBG. Pour soigner l’image branchée de la marque, un défilé Lacoste a d’ailleurs été organisé durant la Fashion Week de New-York.

Des collections féminines plus travaillées, donc… mais également des espaces de ventes à la hauteur. Les 1100 boutiques de la marque seront entièrement redécorées d’ici à 2015, avec un mobilier plus moderne et un aménagement moins guindé : « Il était temps, jusqu’ici on osait à peine toucher aux polos alignés aux cordeaux dans les étagères », ironise Michel Schwarz, du cabinet de conseil Retail Transformation.

Enfin, l’espace réservé à la femme va être agrandi dans tous les magasins. En attirant les femmes, Lacoste espère du même coup booster sa collection enfants, jusqu’ici confidentielle. Les designs ont été modernisés en jouant sur l’humour (un dessin de crocodile,  ou un T-shirt en co-branding avec Snoopy). Et les décorateurs ont pour consigne absolue de placer cette ligne pour enfants juste à côté du coin femmes, histoire de titiller la fibre maternelle…

Marine Baudin-Sarlet