Un récent dossier du Nouvel Observateur titrait : « Où sont passées les petites filles ? ». Et en effet, la transition vers l’adolescence semble se faire de plus en plus jeune. Une tendance qui inquiète les pédopsychiatres, convaincus de l’importance de la « période de latence » freudienne, ce havre préservé que constitue l’enfance.
Une puberté plus précoce
Biologiquement, les petites filles deviennent femmes de plus en plus vite : si l’âge des premières règles n’a pas beaucoup varié depuis un demi-siècle (moyenne : 12.5 ans), l’apparition des glandes mammaires se fait de plus en plus tôt. Entre 10% et 25% des petites filles montrent ainsi des signes de puberté dès 7 ans, ce qui était extrêmement rare il y a quelques décennies.
En cause ? Une alimentation plus variée mais plus riche qu’au siècle dernier : la petite fille dispose de tous les nutriments nécessaires pour grandir vite, et un surpoids, de plus en plus fréquent, favorise un taux élevé d’œstrogènes, les hormones responsables de la puberté. Les pesticides et autres éléments chimiques seraient aussi accusés d’accélérer le processus de puberté.
Un corps de femme dont les mères adorent accentuer la transformation
Les petites filles sont donc formées de plus en plus tôt… et ce sont souvent leurs mères qui les poussent à s’habiller « comme des grandes filles », maintenant que leur corps ressemble à celui des femmes. Exit les enseignes de vêtements pour enfants, les mères emmènent leurs filles dans des magasins pour ados… et c’est exactement ce à quoi elles ressemblent en sortant : il est de plus en plus difficile de distinguer le style d’une enfant de 9-10 ans de celui d’une adolescente de 14-15 ans ! Même jeunes, très peu de petites filles portent encore un cartable et des jupes. La norme est le jean moulant et le sac à main.
Parallèlement, les mères initient leurs filles aux joies du maquillage. Si elles ont rarement le droit d’en porter à l’école primaire, la majorité des collégiennes arrivent régulièrement maquillées en cours. Les marques ont bien compris le phénomène et sortent des lignes adaptées, aux couleurs vives et pailletées, pour attirer ces toutes jeunes coquettes. Certaines n’imaginent même plus se passer de maquillage, au point de se farder en cachette : « Moi j’ai 12 ans & je suis mature. J’aimerais que ma mère me laisse me mettre un peu de khôl noir. Elle accepte seulement le gloss. Je pense que si avant la fin de l’année elle ne me laisse pas me maquiller + je le ferai dans son dos : Quand je vois mes copines avec du crayon qui fait ressortir leurs yeux & puis leurs lèvres glossées & leurs paillettes sur les yeux, je me sens ridicule avec mon gloss rose ! », raconte une internaute sur le forum Teemix.
Certaines mères autorisent même leur progéniture à jouer à la femme en se teignant les cheveux ou en s’épilant avant même leurs 10 ans.
Des psychothérapeutes alertent sur les motivations de ces mères : elles utilisent le corps de leur fille pour se projeter dans des rêves de jeunesse retrouvée, alors que leur fille n’a ni l’âge ni la maturité de porter ces désirs. Serge Hefez, pédopsychiatre, explique dans une interview à L’Express : « Les parents qui sexualisent leurs filles dès le plus jeune âge jouent à la poupée. Cette sexualisation précoce peut s’expliquer par le fait que les parents rêvent d’un enfant parfait qui les représente le plus parfaitement possible aux yeux de la société. Les parents projettent sur leur fille leur idéal de beauté et de jeunesse et impose quelque chose qui est au-delà de la possibilité de l’être. Cette érotisation des petites filles peut faire apparaître aux fillettes “classiques” que la norme, c’est d’être un enfant de convoitise et d’envie. »
Mais les mères ne sont pas les seules à pousser les fillettes vers une apparence ultra-féminisée : la pression de leur groupe d’amies est également très forte. Ensemble, elles regardent des séries américaines (image : Hannah Montana), reproduisent les clips ultra-érotiques qu’elles voient sur les chaînes musicales et s’entraînent à se maquiller. Certaines fillettes vont jusqu’à se faire des « séances photo », de préférence dans des poses suggestives et revêtues de leurs plus voyants atours, pour enrichir leur blog ou leur profil Facebook.
Bref, en même temps que leur corps change, les petites filles subissent une pression sociale pour ressembler à des femmes le plus vite possible. Cela crée un environnement ultrasexualisé, où les idoles des fillettes sont des actrices ou chanteuses très sexys, très provocantes… auxquelles elles rêvent de ressembler. A tel point que le Vogue de décembre 2010 a mis en scène une ribambelle de fillettes maquillées, habillées de court, brillant et moulant, dans des poses lascives – déclenchant une pétition signée par 200 pédiatres contre « l’érotisation et l’hypersexualisation des enfants dans la publicité ».
Des normes de maturité qui s’imposent de plus en plus tôt
Autre sujet qui fait passer de l’enfance à l’adolescence : les garçons. Et eux aussi surviennent beaucoup plus tôt dans la vie des petites filles : ne jamais avoir eu de petit ami est une tare dont les gamines voudraient se débarrasser au plus vite, car la popularité passe par les histoires amoureuses. Celles qui n’ont pas de chance dans la cour de récré n’hésitent pas à déposer des annonces sur Internet, comme Marion, 12 ans, qui écrit sur un forum : « salut moi c’est marion si l’un de vous est bo gosse qu’il me previenne par le meme billet je suis une fille cool – si vous aimer pas les gothique je peu changer ».
Ne jamais avoir eu d’aventure est donc la honte ultime, mais pour se faire remarquer, certaines filles n’hésitent pas à pousser ladite aventure jusqu’à se vanter d’avoir eu des relations sexuelles – et d’en faire profiter les garçons du collège dans les toilettes. Plus des trois quarts des collégiens ont déjà vu des images à caractère pornographique, et le sexe n’est absolument pas tabou – en parler est même incontournable si on ne veut pas être cataloguée comme une « pauvre fille », une « bolosse » ou « cas social ».
On en oublierait presque que l’école mixte n’est pas si récente… Fort heureusement, cette flamboyante vie sexuelle est la plupart du temps imaginaire : l’âge moyen du premier rapport n’a pas bougé et reste fixé à 17 ans, soit bien après la crise d’adolescence de ces petites filles trop précoces.
Marine Baudin-Sarlet
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Tags : adolescence, enfance, maman, puberté
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