L’essayage, un tête-à-tête entre une femme et un vêtement

Pour les hommes, une cabine d’essayage est un lieu quasi-inutile : la plupart du temps, ils connaissent leurs tailles dans leurs boutiques favorites et achètent sans même essayer. Impensable pour les femmes, qui essayent, en moyenne, 11 jeans avant d’en trouver un qui convient à leur morphologie (étude Levi’s)… Pour une femme, la cabine d’essayage est donc un endroit qui donne lieu à un rituel bien précis, avec un dénouement plus ou moins valorisant.

Entrer dans la cabine, suspendre ses (peut-être) futurs achats sur le portant, fermer soigneusement le rideau, et commencer l’essayage. Puis être au désespoir si les courbes s’échappent du vêtement convoité, ou ravie s’il épouse parfaitement les formes. Toutes les femmes ont connu ce rituel, passage incontournable lorsqu’elles font du shopping… Et pourtant, il y a différents types d’essayages, qui n’ont pas la même signification pour les femmes :

-       L’essayage d’imitation : Il concerne les femmes qui voudraient ressembler à un idéal – le plus souvent une célébrité, mais parfois une marque au style très délimité. Les femmes, dans la cabine, enfilent une panoplie pour voir si elles sont crédibles déguisées en leur idéal : elles ne veulent pas trouver leur propre style, ni forcément des vêtements qui leur vont vraiment, mais des vêtements qui ressemblent à ceux sur lesquels elles fantasment… portés par quelqu’un d’autre. L’exemple le plus frappant de ce type d’essayage reste celui de la période bustier-crucifix de Madonna, pourtant pas franchement transposable dans la vie quotidienne, mais que des centaines de femmes ont imité à travers le monde, espérant que si elles adoptaient du mieux que possible le style de la Madone, elles se rapprocheraient d’elle et des valeurs d’indépendance, d‘impertinence et de réussite qu’elle symbolise…

-       L’essayage libérateur : Il s’agit d’essayer quelque chose de totalement inhabituel, mais contrairement à l’essayage d’imitation, sans chercher à ressembler à quiconque. Pour les plus audacieuses, il peut s’agir d’une perruque (voir vidéo ici) ou d’un ensemble de lingerie très coquin. Mais une robe de soirée ou des stilettos font très bien l’affaire pour les femmes qui ne sont pas coutumières d’un style aussi féminin. L’exemple le plus célèbre reste la fabuleuse virée shopping de Pretty Women, cet essayage avec CB illimitée dont rêvent toutes les filles (voir vidéo ici)… Ici, la cabine d’essayage permet de tester une autre facette de soi-même, souvent extrême (très classe, très glamour, très sexy, etc) – à tel point qu’en prenant la pose devant le miroir, les femmes qui ont osé un essayage libérateur font des moues et des mines, comme des actrices jouant un rôle… et y prenant un plaisir fou !

-       L’essayage démoralisant : L’essayage dévalorisant est typiquement celui du jean qui ne ferme pas. Au lieu de simplement essayer une taille au-dessus – comme le ferait un homme… – la plupart des femmes se remettent en question, y voyant la nécessité absolue d’entamer un régime sévère. La cabine devient alors un lieu d’auto-destruction psychologique, qui entretient les complexes : les femmes se regardent dans le miroir, se trouvent grosses, et examinent tous leurs défauts physiques en s’auto-dévaluant. Un exercice qui fait immédiatement baisser le moral et l’estime de soi.

-       L’essayage revalorisant : Le meilleur exemple de l’essayage revalorisant est celui du défilé : la femme porte des vêtements parfaitement ajustés, elle est apprêtée et donc se sent belle, elle est admirée par un public et donc se sent encore plus belle. C’est l’essayage qui redonne de l’assurance et flatte l’estime de soi, même s’il en faut déjà une certaine dose pour oser s’exposer ainsi aux regards. Et point besoin d’être mannequin pour en faire l’expérience : il suffit d’emmener Chéri dans les boutiques… de lingerie, si, comme 90% des hommes, il est allergique au shopping ! Son regard admiratif aura le même effet que celui du public de la Fashion Week… Si, comme Carrie Bradshaw, vous disposez de copines patientes, vous pouvez également essayer toute votre penderie (voir vidéo ici) et les laisser vous dire quelles tenues vous vont le mieux !

-       L’essayage de princesse : Typiquement, il s’agit de l’essayage de sa robe de mariée. Pour une fois, la dépense n’est pas un frein majeur, et la manière dont la robe nous va non plus… puisqu’elle sera ajustée sur mesure ! Ce shopping est très particulier pour une fille, parce qu’il n’arrive qu’une fois (ou deux, disons…) dans sa vie, et qu’elle est vraiment l’héroïne de ce moment : il n’y a aucun rapport de force entre elle et le vêtement (comme pour un jean trop serré, par exemple), c’est vraiment l’harmonie qui est recherchée : les essayages sont souvent interminables, puisqu’il faut trouver LA robe parfaite… La robe devient un symbole, et non plus un simple vêtement.

-       L’essayage en tant qu’expérience de marque : Certaines marques, qui connaissent l’importance du moment de l’essayage, ont essayé de recréer un véritable univers de marque dans leurs cabines. C’est le cas chez Princesse Tam-Tam, où tout est rose et féminin, comme dans un boudoir. Les marques de luxe ont poussé ce système à son paroxysme en proposant des cabines à la décoration aussi travaillée que celle de la boutique. Ici, la cabine n’est pas seulement fonctionnelle, elle doit aussi faire rêver la cliente, qui pénètre dans un univers dans lequel elle peut se mettre en scène de façon valorisante… et se trouver un teint exceptionnel, grâce aux teintes roses qui sont utilisées la plupart du temps !

Sarah Sonigo & Marine Baudin-Sarlet

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