Oui, les femmes regardent aussi des films X

Si, dans les années 1970, les films pornographiques étaient librement diffusés dans les salles obscures, dès la loi Giscard de 1975, le regard commence à changer sur les productions érotiques. Vers 1990, on assiste même à la quasi totale disparition des salles de cinéma pornographique, corrélée, entre autres, à l’invention de la cassette VHS. L’érotisme s’est ainsi déplacé de l’espace public à la sphère intime. Avec l’essor d’Internet, l’univers pornographique a connu une renaissance à l’abri des foyers et des écrans d’ordinateurs derrière lesquels chacun peut visionner ce qu’il lui plait incognito. Hommes et femmes regardent-ils tout autant de pornos ? Plébiscitent-ils ces films pour les mêmes raisons ? Les nouvelles générations de femmes apprécient-elles plus les films pornographiques que leurs ainées ? Womenology, le laboratoire marketing du groupe aufeminin.com a mené une enquête exclusive auprès de 2302 répondants pour répondre à ces questions. (1)

47% des femmes interrogées regardent un porno au moins une fois par mois

Si les hommes sont 29% à consulter un film pornographique au moins une fois par jour et 36%, au moins une fois par semaine, les femmes interrogées plébiscitent la pornographie sur une fréquence plus mensuelle.

Elles sont 7% à déclarer regarder un film pornographique au moins une fois par jour, 20% une fois par semaine, 20% une fois par mois et 21% seulement « quelque fois dans l’année ». Seules 15 % des femmes affirment ne jamais avoir regarder de film pornographique (contre 5% des hommes). On constate que les nouvelles générations de femmes sont plus nombreuses que leurs ainées à visionner des films X car si 13% des femmes de moins de 25 ans déclarent ne jamais avoir regardé de pornographie, c’est le cas de 25% des plus de 50 ans.
Ces 20 dernières années, le regard des femmes a changé sur la pornographie, explique Richard Poulin, Professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa. Les tendances du X se sont immiscées dans la culture populaire. Outil d’émancipation féminine, la sexualité des femmes s’est vue fortement modifiée. « Depuis les années 1990, le recyclage d’archétypes pornographiques dans la publicité, la littérature, la télévision, le cinéma, la presse, la mode est un fait avéré. Si l’on se fie aux magazines féminins, pour être bien dans leur peau et dans leur vie, les femmes devraient adopter de nouvelles pratiques sexuelles et consommer les produits de l’industrie du sexe. » (3)

Le « porno » sur le mobile concurrence le petit écran

Sans aucun doute, Internet a révolutionné la consommation pornographique au cours des 20 dernières années. Ainsi, 70% des femmes de notre échantillon visionnent des films X généralement via Internet alors que seuls 17% plébiscitent généralement la télévision. La surprise de l’étude concerne le mobile, voire même la tablette, qui viennent concurrencer le duo de tête. 10% des femmes et 12% des hommes déclarent regarder leurs films pornographiques sur leur mobile. Le chiffre est d’autant plus frappant auprès des nouvelles générations. Effectivement, les femmes de moins de 25 ans sont 14% à regarder de la pornographie sur leurs mobiles prioritairement et 11% sur leur tablette (vs 5% et 9% des 35-49 ans). Cette tendance s’inverse du côté des femmes de plus de 50 ans qui sont restées fidèles à la télévision à 24% (vs 10% des moins de 25 ans). L’écart générationnel est encore plus grand concernant le X sur Internet. Seules 47% des plus de 50 ans visionnent de la pornographie sur le web versus 78% des moins de 25 ans.

La pornographie est découverte tôt par les femmes

La majorité sexuelle étant fixée depuis 1945 à 15 ans (âge à partir duquel un individu, s’il est mineur peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte sans risque pénal pour celui-ci), il n’est pas étonnant que cela soit entre 15 et 25 ans que la majorité des femmes ait regardé leur premier film X (62%). Plus précisément, 37% d’entre elles ont franchi le cap entre 15 et 18 ans. Dans le détail, ce chiffre décroit avec l’âge. Les femmes de moins de 25 ans sont 43% à avoir regardé leur premier film pornographique entre 15 et 18 ans, alors que les plus de 50 ans sont très nombreuses à avoir visionner leur premier porno à plus de 30 ans (34%).

Deuxième constat, les nouvelles générations sont soumises aux images pornographiques très jeunes. Les femmes de moins de 25 ans sont ainsi les plus nombreuses à avoir regardé leur premier porno avant 14 ans, elles sont 34%, contre 16% des 25-34 ans et 6% des 35-49 ans. Ces résultats rejoignent ceux d’une enquête française réalisée en 2005, par Michela Marzano et Claude Rozier, qui révélait que 58% des garçons et 45% des filles avaient vu leurs premières images pornographiques avant 13 ans. (2) D’ailleurs, pour 86% des répondants d’un sondage réalisé par le Kinsey Institute, aux Etats-Unis, la pornographie peut éduquer à la sexualité. Les sondés de cette enquête sont également 68% à affirmer qu’elle permet également une attitude plus ouverte à l’égard de la sexualité. (3)

Visionner du X : une pratique solitaire et intime pour les jeunes femmes

83% des hommes et 69% des femmes regardent des films pornographiques en solitaire. En revanche, les femmes sont plus nombreuses que les hommes (14% vs 10%) à visionner des films en X en couple. Cette pratique conjugale concerne notamment les femmes les plus âgées. Si les femmes de plus de 35 ans de notre échantillon déclarent regarder des films pornographiques en couple, (34% des plus de 50 ans et 30% des 35-49 ans, les plus jeunes sont plus solitaires. Ainsi, seules 12% des 25-34 et de 5% des femmes moins de 25 ans visionnent des films X à deux. « Dans certains couples, la communication sexuelle est ainsi facilitée. En partant des scénarios, ils éprouvent une plus grande facilité à exprimer leurs propres envies » explique Alexandra Hubin, Docteur en Psychologie et Sexologue. (6)

Le X pour les femmes : un fantasme plus qu’une projection

Majoritairement, quel que soit leur âge, les femmes ne s’identifient pas aux actrices des films X (à 70%). Du côté des hommes, seulement 57% déclarent ne pas s’identifier aux acteurs. Ce résultat pose des questions quant à la réalisation des films X : la mise en scène du plaisir féminin est-elle plus éloignée de la réalité que celle du plaisir masculin ? Selon Alexandra Hubin, « dans la pornographie les femmes cherchent le côté sexuel, mais sous un angle plus réaliste que les hommes. Elles souhaitent des corps plus vrais, plus proches de la réalité, plus sensuels. Les hommes eux sont plus dans la quête de la performance. » (6)

66% des femmes interrogées aiment les films pornographiques

Quand on demande aux femmes pour quelles raisons regardent-elles des films pornographiques, elles sont 78% à répondre en priorité « par curiosité », 66% déclarent « aimer ça », 63% désirent « pimenter leur vie de couple/sexualité » et 38% souhaitent « faire plaisir à leur partenaire ». Si les femmes les plus jeunes sont plus nombreuses à indiquer aimer les films X : 70% des moins de 25 ans, 66% des 25-34 ans, on constate des écarts avec les générations précédentes : 59% des 35-49 ans, 52% des plus de 50 ans. Les

femmes les plus âgées de notre échantillon justifient leur pratique pornographique par leur conjoint : 49% des plus de 50 ans et 50% des 35-49 ans désirent ainsi, lui faire plaisir. Pour Judith Plante, auteure de l’ouvrage Le public féminin, victime des médias ? Le cas des consommatrices de films pornographiques (2004), le visionnage de films X pour les femmes tient un rôle libérateur. « Il s’agit pour l’essentiel d’un plaisir de stimulation, les images explicites et la physionomie des protagonistes agissant le plus souvent comme déclencheurs de désir ou de fantaisies. Les films pornos instaurent une ambiance particulière, (…) propice aux jeux érotiques prolongés » (4)

D’ailleurs, 58% des femmes reconnaissent se masturber pendant qu’elles regardent un film X. Les plus jeunes sont adeptes de cette pratique qui concerne 60% des 25-34 ans vs 42% des plus de 50 ans. La consommation solitaire de pornographie « touche à un grand tabou de la sexualité féminine : la masturbation » explique François Kraus, Directeur d’Etudes chez Ifop, « on observe une plus grande facilité des femmes à admettre ce type de pratique (même si) dans les catégories les plus âgées, ça reste un tabou. » (7) Du côté masculin, les raisons de regarder du porno sont les mêmes mais la hiérarchie s’inverse un peu. 88% des hommes répondent en priorité « aimer ça », 75% parle de « curiosité », et 63% (même pourcentage que pour les femmes) veulent « pimenter leur vie de couple/sexualité ». Même si les hommes restent plus nombreux à aimer la pornographie, on constate indéniablement un rapprochement des opinions entre les femmes et les hommes.

Faire l’amour dans des lieux insolites : le fantasme féminin par excellence

Au classement des fantasmes préférés des femmes, « faire l’amour dans des lieux insolites » remporte la première place (plébiscité par 28% des femmes), juste devant « faire l’amour à plusieurs » (25%). Dans le détail, les moins de 25 ans sont 33% à choisir les lieux insolites comme leur plus grand fantasme (versus 23% des 35-49 ans), alors que le sexe à plusieurs (pour pimenter la routine conjugale ?) est plébiscité par les 25-49 ans à 29% (versus 20% des moins de 25 ans). Si les hommes partagent volontiers le désir de lieux insolites des femmes, ils sont, pour leur part, beaucoup plus réticents au sexe à plusieurs. Seuls 12% des hommes possèdent ce fantasme, ce qui va plutôt à l’encontre des idées reçues. En revanche, les jeux de rôles plaisent au public masculin, 21% les désignent comme leur plus grand fantasme.

Le porno, de moins en moins sexiste ?

Si 39% des hommes et 42% des femmes déclarent que regarder des films X est plutôt une « pratique des hommes », on remarque qu’avec les nouvelles générations, les mentalités évoluent. Effectivement, si 51% des femmes de plus de 50 ans estiment que le porno est une pratique masculine, c’est le cas de seulement 40% des moins de 25 ans. Par ailleurs, au global, 54% des hommes et 57% des femmes estiment que les films pornographiques destinés à un public tout autant pour un public masculin que féminin. Les opinions se rejoignent également quant au caractère sexiste des films X. Hommes et femmes sont respectivement 26% et 29% à penser que ces films sont sexistes, et 58% et 59% à estimer que « certains le sont et que d’autres ne le sont pas ». Les femmes les plus jeunes (moins de 25-34 ans) sont même 62% à partager cette opinion. Reste à savoir si ce sont les productions pornographiques qui évoluent et/ou le regard que les individus portent sur elles. L’interview de Grégory Dorcel, directeur général du groupe Marc Dorcel, confirme cette volonté de transformation des réalisations pornographiques en phase avec les attentes des hommes et des femmes.

Alors que les différences de comportements quant aux films X s’amoindrissent entre les hommes et les femmes, il semblerait que les écarts de pratiques s’observent plus selon les classes sociales. C’est notamment l’analyse des sociologues Nathalie Bajos et Michel Bozon des résultats de l’enquête CSF (« Contexte de la sexualité en France »). La pornographie est ainsi sensiblement moins visionnée par les hommes intellectuels que par les employés de bureau. Chez les femmes, une ouvrière qualifiée sur trois déclare en regarder. Un chiffre qui tombe à une femme sur six quand il s’agit de cadres et d’intellectuelles. (5)

#marion#

Source :
(1) Enquête réalisée par questionnaire online sur le site aufeminin.com – 2302 répondants (1404 femmes, 682 hommes) – février 2014
(2) M. Marzano et C. Rozier, Alice au pays du porno. Ados?: leurs nouveaux imaginaires sexuels, Ramsey, 2005
(3) http://www.scienceshumaines.com/les-jeunes-et-la-pornographie_fr_24482.html
(4) http://www.scienceshumaines.com/regards-et-plaisirs-feminins_fr_5150.html
(5) Nathalie Bajos et Michel Bozon, «Sexualité et appartenance sociale à l’âge adulte», Raison présente, n° 183, 3e trimestre 2012.  
(6) http://www.atlantico.fr/decryptage/hommes-comme-autres
(7) http://www.topsante.com/couple-et-sexualite/

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>