Le mariage et ses tribulations : qui dit « oui » ?

En 2014, environ 240 000 mariages ont été célébrés en France. Alors que les unions entre personnes de sexe différent baissent tendanciellement depuis l’an 2000, l’année dernière, les unions homosexuelles ont donné un second souffle à cette institution. Effectivement, malgré une évolution des mentalités à son sujet, le mariage séduit encore en masse, même s’il est souvent plus tardif. En 2013, 93 % des femmes nées en 1930 avaient déjà été mariées au moins une fois à leur 50e anniversaire. Parallèlement, c’était le cas de 82 % des femmes nées en 1960. Un chiffre qui reste tout à fait conséquent. (1) Mais alors, qu’en est-il pour les nouvelles générations, quelles significations les individus donnent-ils de nos jours au mariage ? Plus particulièrement, comment les femmes le conçoivent-elles ? Sont-elles plus souvent à l’origine de cet événement conjugal comme le sous-entendent certaines idées reçues sur le romantisme féminin ? Womenology a mené son enquête. (2)

Le mariage : qui dit oui

Le mariage est-il encore romantique ?

A notre époque contemporaine, l’imaginaire de l’amour conjugal est encadré par des représentations très précises : hasard de la rencontre, singularité des sentiments, passion aveugle… que les individus continuent de défendre intensément, comme l’a souligné la sociologue Marie Bergström dans ses recherches sur le discours consumériste autour des sites de rencontres en ligne. (3) Cette idéalisation de la passion amoureuse irrigue l’imaginaire social autour du mariage.

Dans le cadre de l’enquête Womenology, 59% des femmes interrogées envisagent ainsi la « demande en mariage » comme un événement extrêmement « romantique », « avec bague, champagne, déclaration et genou à terre ». Pour les autres (41%), il s’agirait plutôt d’une « décision s’imposant naturellement au bout de plusieurs années ». Fait à remarquer, les 25-34 semblent d’ailleurs légèrement plus sensibles au caractère « romantique » du mariage que leurs ainées et leurs cadettes ; elles sont 61% à associer la demande à un acte « comme dans les films, genou à terre » contre 56% des moins de 25 ans et 57% des plus de 35 ans. Dans le même ordre idée, les femmes non mariées sont plus nombreuses à penser la demande comme un événement en grandes pompes (64%) contre 50% des femmes déjà mariées. « Le mariage est différent pour tout un tas de gens » souligne la sociologue Martine Ségalen, « pour une partie de la société, il représente un engagement symbolique et social important qui intervient à un moment où le couple est déjà fondé puisque le mariage ne constitue plus, comme c’était le cas jusque dans les années 60, l’entrée dans la vie sexuelle et sociale. » (4)

Irremplaçable le mariage ?

Pour 1 femme sur 2, le mariage serait ainsi « le seul engagement valable en matière de couple ». 23% pensent qu’il s’agit simplement de « l’occasion de faire une grande fête », 13% estiment que ce n’est qu’une « simple formalité facilitant le quotidien » (18% des femmes ayant des enfants) et 15% affirment que c’est surtout « beaucoup d’argent et d’organisation pour une seule journée ». On est loin d’une mauvaise réputation pour le mariage dont le caractère symbolique semble largement surpasser ses caractéristiques administratives. D’ailleurs, on a le sentiment que le pacs est à la traine sur l’échelle de l’engagement amoureux puisque 82% des femmes considèrent que s’engager via celui-ci n’a clairement pas la même portée que pour un mariage. Même les jeunes générations sont en phase avec ces chiffres ; les femmes de moins de 25 ans sont ainsi 87% à penser que l’engagement pacs/mariage n’est pas le même, contre 79% des 25-34 ans et 85% des plus de 35 ans. « Le Pacs permet à tous les couples non mariés, de sexe différent ou de même sexe, de concilier existence juridique, droits sociaux et liberté. Il peut être vécu comme un premier pas avant le mariage ou comme une alternative » explique Martine Ségalen. A la vue des résultats de l’enquête Womenology, c’est la première hypothèse qui prévaut.

Rien ne se perd, tout se transforme

Toutes les traditions du mariage ne sont pas logées à la même enseigne. Si « LA » demande perdure, les fiançailles souffrent d’un déficit d’image. 17% des sondées estiment qu’elles sont « inutiles » et 61% les vivent de manière « officieuses » avec une bague « offerte en toute intimité ». Seules 22% des femmes interrogées déclarent pencher du côté des fiançailles officielles et « célébrée avec toute la famille ». Dans le détail, on remarque que ce sont les femmes de plus de 35 qui sont les plus nombreuses à juger les fiançailles « inutiles » (30% d’entre elles). Dans la même veine, on constate que pour 17% des répondantes la cérémonie idéale d’un mariage ne comporte que le passage à la mairie. Et si 61% des femmes sont adeptes du mariage civil et religieux, 22% préfèrent cumuler mariage civil et cérémonie laïque. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les plus jeunes qui désirent délaisser l’église ou les cérémonies laïques. Les moins de 25 ans sont seulement 6% à envisager un mariage uniquement à la mairie, contre 18% des 24-35 ans et 27% des plus de 35 ans.

Le consensus est de rigueur !

Nul ne peut nier que le couple contemporain a subi de lourdes mutations quant à son fonctionnement. Sous l’impulsion féminine et féministe, une métamorphose des relations conjugales s’est opérée, la négociation s’infiltrant dans quasiment toutes les thématiques autrefois régies par une division sexuelle du travail : de la répartition des tâches conjugales à la gestion des carrières, jusqu’à la décision d’avoir un enfant, les compromis sont devenus le socle d’une nouvelle logique conjugale. Ainsi, contrairement à l’idée reçue selon laquelle les femmes seraient davantage ferventes du mariage que les hommes, les chiffres de l’étude Womenology témoignent plutôt d’une forme de consentement réciproque. 93% des femmes en couple interrogées déclarent ainsi être sur la même longueur d’ondes que leur conjoint(e) (78% en faveur du mariage, 15% en défaveur). Seules 12% déclarent vouloir se marier alors que le compagnon ne le souhaite pas et à l’inverse, 5% ne désirent pas se marier contrairement à leur partenaire.

« Amour, amour, je t’aime tant »

Pour comprendre à quel point l’attachement au mariage en tant que représentation idéalisée de l’amour est prégnant aujourd’hui, il suffit d’interroger les individus sur les raisons de leur engagement. En première position, c’est ainsi le « symbole amoureux » qui remporte la mise (environ 65% des femmes interrogées l’ont classé en 1ère ou 2ème place des raisons proposées). Aujourd’hui, « on demande à l’amour d’être un révélateur de soi-même et de l’autre » écrit le sociologue François de Singly. (7) Puis, c’est la volonté d’afficher son unité familiale qui arrive en deuxième position. En effet, « avoir le même nom de famille » est la deuxième raison la plus plébiscitée par les sondées (elles sont 35% à la classer en 1ère ou 2ème place de leurs motivations). Suivent ensuite l’envie « d’officialiser avant d’avoir des enfants », « les raisons économiques ou administratives », et très loin derrière « les raisons religieuses » et le fait de « faire plaisir à ses parents ». Si le mariage n’est plus désormais le « socle de la famille » – 50% des enfants aujourd’hui naissant « hors mariage » – on ne peut nier combien cette institution se voit encore chargée de significations propres à l’unité familiale pour les individus interrogés.

La famille française : entre héritage et renouveau

D’ailleurs, 35% des femmes interrogées ne conçoivent pas faire un enfant avant d’être mariées contrairement à 56% des répondantes pour qui peu importe l’ordre, « tout est affaire de feeling ». 9% préfèrent même que leurs enfants soient présents à leur mariage ! Encore une fois, les plus jeunes ne sont pas les moins attachées aux traditions : elles sont 55% à ne pas concevoir de faire un enfant hors mariage contre 34% des 25-34 ans et 19% des plus de 35 ans. « En France, aujourd’hui c’est l’enfant qui fonde la famille. Sa place au sein du groupe familial et les attentes réciproques entre parents et enfants sont totalement différentes de ce qu’elles étaient il y a cinquante ans encore » analyse Martine Ségalen, « (…) Pensé comme un petit individu autonome, l’enfant n’est plus un être sur lequel imprimer les traditions familiales. » (5) Mais si l’enfant est devenu le pivot central de la famille, les conditions de sa venue sont soumises à une forte réflexivité de la part des individus, comme en témoigne les chiffres de l’enquête Womenology.

Famille

Le mariage est-il « bon » pour le couple ?

Mariées ou non, on constate qu’environ une femme sur deux pense que le mariage change le couple (46% des femmes mariées, 44% des femmes non mariées). Loin d’un déficit d’image, c’est plutôt en positif que les sondées envisagent les conséquences du mariage sur la conjugalité. 82% imaginent que l’ « on fait plus de projets », 80% que l’« on est plus solidaires » et 49% que l’« on communique plus qu’avant ». En outre, les femmes déjà mariées s’avèrent encore plus affirmatives que leurs homologues (non mariées ou célibataires) : elles sont 85% à déclarer être plus solidaires dans leur couple et 68% à déclarer communiquer davantage. Quant aux conséquences plus négatives, elles sont moins partagées par les sondées. 37% imaginent que l’« on se dispute plus », 32% pensent qu’« on ne fait plus autant de sorties » et 26% à envisager « avoir moins de rapports sexuels ». Pour ce dernier item, les femmes mariées sont beaucoup plus tranchées puisqu’elles sont 34% à affirmer une baisse des rapports intimes contre 19% dans l’imagination des femmes non mariées.

Ainsi, malgré les dires et moqueries dont il fait souvent l’objet, la réputation du mariage s’avère encore largement indemne et valorisée. Si parmi les femmes interrogées, 11% ne désirent pas se marier, on constate néanmoins que cette institution jouit encore d’une image largement favorable. « Le couple est devenu un des grands foyers de sens dans nos sociétés. Le couple et la famille sont de véritables idéaux : ce pourquoi les Français se disent prêts à faire des sacrifices » écrit le sociologue Danilo Martuccelli, « ajoutons qu’ils sont devenus pour beaucoup de personnes un pilier de leur enracinement existentiel – une valeur, un support et une source de sens que la crise et ses incertitudes ne peuvent qu’accentuer avec force. » (6)

infographie_mariage2

Marion Braizaz

Sources :

(1)http://www.insee.fr/fr/mobile/etudes/document.asp?reg_id=0&ref_id=T15F033 (2)Enquête online auto administrée menée sur le site aufeminin.com de juillet à septembre 2015 auprès de 307 répondantes – (71 femmes de moins de 25 ans, 159 femmes de 25-34 ans, 77 femmes de plus de 35 ans) – 82% des enquêtées sont en couple, 30% sont mariées.
(3)http://www.sciencespo.fr/osc/fr/content/marie-bergstroem
(4)http://toutelaculture.com/actu/politique-culturelle/martine-segalen-lamour-nest-pas-un-ingredient-social-suffisant-pour-assurer-la-perennite-de-la-societe/ (5)http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000541-de-la-famille-traditionnelle-a-la-famille-relationnelle/questions-a-martine-segalen
(6)http://www.womenology.fr/reflexions/mariage-pour-tous-decryptage-dun-clivage/
(7) Collectif et François de Singly. 2003. Etre soi parmi les autres. famille et individualisaion t.1. Paris: Editions L’Harmattan.

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