Le mariage est devenu un « spectacle », une « vitrine du couple » 

Rencontre avec Florence Maillochon, sociologue, directrice de recherches au CNRS. Après des travaux sur la sexualité des adolescents et sur les violences, elle a été amenée à travailler sur les cérémonies de mariage en France.

Comment ont évolué les représentations associées au mariage ?

Ce que l’on peut observer depuis une vingtaine d’années, c’est une exacerbation totale de la cérémonie et des festivités du mariage. C’est une spécificité de notre époque. Il y a quarante ans, les individus récusaient le mariage et désiraient sortir de l’institution ; ceux qui n’y arrivaient pas choisissaient alors de faire un petit mariage très simple. A l’heure actuelle, il y a beaucoup moins de gens qui se marient mais, par contre, ceux qui se marient organisent des fêtes assez extraordinaires. Il est rare aujourd’hui de faire un mariage en petit comité et sans prêter une attention extrême aux décors, aux habits, etc.

Mariage

Quelles significations les femmes et les hommes mettent-ils derrière ces festivités ?

Dans notre société, il y a une volonté d’expression de soi, un désir de montrer sa spécificité, sa singularité. De fait, le mariage offre une occasion supplémentaire de distinction. Les gens se sentent obligés de faire une fête qui soit personnalisée, originale. Même si parfois les cérémonies sont similaires, il est clair que l’intention de départ des futurs mariés est avant tout de faire quelque chose qui « leur ressemble ». Cela exige un grand temps d’organisation et beaucoup d’attention pour parvenir à faire un mariage qui soit une vitrine du couple. Il s’agit de dire « regardez comme nous sommes beaux, regardez à quel point nous avons bon goût, et comme vous aussi vous êtes fantastiques chers invités présents pour nous aujourd’hui. » C’est une cérémonie qui se rapproche du spectacle. Par ailleurs, je pense que le mariage est également considéré comme un « porte-bonheur » ; dans mon livre j’utilise le terme d’ordalie (l’épreuve du feu au Moyen-âge). L’organisation d’un mariage étant tellement compliquée, difficile, que si, finalement, on en réchappe en quelque sorte, c’est un signe du « destin ». Autrement dit : « notre couple est tellement fort, qu’il a passé l’épreuve du mariage. »

Avez-vous travaillé sur la question du genre et des différences hommes/femmes sur ces représentations du mariage ?

Quand vous interrogez les femmes, souvent, elles disent que les représentations du mariage des hommes sont les mêmes que les leurs, pour autant, peut-on vraiment dire qu’il n’y a pas de différence… Effectivement, les femmes croient que les hommes pensent les mêmes choses qu’elles mais quand on regarde ce qu’il se passe, on peut noter que c’est encore une institution très classique avec des répartitions genrées radicales, qui sont réactivées alors même qu’elles avaient été interrogées par les parents de cette génération de jeunes. Ce qu’on observe à l’heure actuelle dans le mariage c’est une forme extrême de domination consentie des femmes. Souvent, les femmes organisent tout – même si les maris aident de temps à autres – ce sont elles qui portent l’essentiel des préparatifs. C’est ainsi un travail très inégalitaire alors qu’effectivement, dans les discours, les couples déclarent « faire tout ensemble ». Pour la demande en mariage, le processus est assez similaire. L’homme demande, mais qui insiste et insinue celle-ci ? C’est la femme.

Que pensent-ils du pacs en comparaison au mariage ? Alternative ou étape ?

Le pacs est un excellent exemple de décalage entre les représentations et les pratiques des individus. Dans le cadre de votre enquête, les jeunes femmes disent que le pacs n’est pas pareil que le mariage alors qu’en ce moment 2 pacs hétérosexuels sont célébrés pour 3 mariages. D’ici quelques années, je pense qu’il y aura autant de pacs célébrés chaque année que de mariages. Aujourd’hui, il y a encore une forme d’inertie dans les pratiques et les droits juridiques ne sont pas encore exactement les mêmes, mais dans 10 ans, j’imagine que cela sera très différent ; d’autant plus qu’à l’heure actuelle, les personnes qui se pacsent font de plus en plus des fêtes très élaborées qui ressemblent en tout point aux mariages. Les deux modèles tendent à se rapprocher.

Propos recueillis par Marion Braizaz

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