« Le digital offre des opportunités superbes pour les hommes et les femmes, c’est un secteur où tout est personnalisable à sa guise »

Rencontre avec Marie-Astrid Michel, Responsable des partenariats Solutions Publicitaires et Commerce chez Google.

Marie-Astrid Michel

Marie-Astrid Michel

Racontez nous votre parcours ? Quels ont été les facteurs clés de votre réussite ?

Personnellement, j’ai commencé par des études en langues étrangères appliquées à l’Université, avec une option sur le marketing et le business. Pendant celles-ci, dès que j’avais l’opportunité, je réalisais des stages. C’est ainsi que très rapidement, j’ai orienté mes expériences professionnelles vers les nouvelles technologies, l’écriture pour le web, le journalisme. Cela m’intéressait énormément. D’ailleurs c’était une passion depuis jeune car dès mes 13 ans, je m’amusais à faire des sites sur Frontpage, je trouvais cela très ludique ! Très vite, j’ai donc réalisé un stage de longue durée en relations presse chez l’éditeur de logiciels français Ilog, qui fut très enrichissant.

Puis, en parallèle de mon Master Assas, j’ai continué avec un apprentissage dans une agence de relations publiques dédiée aux nouvelles technologies. On s’occupait à l’époque d’éditeurs de logiciel anti-virus, d’éditeurs de logiciels de reconnaissance vocale, de constructeurs informatiques, c’était très varié. A la fin de mes études, j’ai choisi de perfectionner mon CV en décrochant une belle marque. Je souhaitais vraiment diversifier mon parcours grâce à une grande entreprise et c’est ainsi que j’ai travaillé en stage pour Microsoft au département marketing/communication. Là encore, j’ai eu la chance de rencontrer un excellent maitre de stage.

C’est à cette époque que j’ai véritablement découvert la communication digitale et donc Google, ce qui m’a permis de postuler par la suite ici pour un job junior d’ « account strategist » qui consistait à optimiser des campagnes digitales pour des annonceurs. C’était assez drôle parce que finalement j’avais quelques petits budgets chez Microsoft alors que je ne connaissais rien du tout aux campagnes de mots clés sur AdWords Google. Mais il y a dix ans, personne n’était vraiment expert ! J’ai donc appris en même temps que le marché avec mes collègues américains.

« Grosses boites » du digital versus petites structures ; quelles sont les similitudes et les différences ? Quel a été votre vécu ?

Tout au long de mon expérience, j’ai eu vraiment beaucoup de chance car j’ai toujours été au contact de maîtres de stages ou des maîtres d’apprentissage qui étaient des personnes avec 15 ans d’expériences, vraiment prêtes à m’apporter de la connaissance, et en même temps à me laisser libre dans mes actions. Voici la première similitude. Ensuite, au niveau des différences, il est clair que les petites structures sont davantage propices à l’indépendance des salariés. Assez vite, quand on est 4 ou 5, j’étais en charge de dossiers dans leur intégralité. Néanmoins, d’un autre côté, chez Google, on a tendance à dire que la structure possède une agilité de start up ; et c’est vrai ! L’initiative personnelle est assez valorisée et recommandée. Evidemment, c’est la dimension internationale qui change le plus la donne : mon manager est à Zurich, la plupart de mon équipe est à Londres, et même si les nouvelles technologies nous aident énormément, ce n’est pas aussi simple en comparaison aux relations interpersonnelles des petites structures.

Une fois entrée chez ce mastodonte Google, comment a évolué votre carrière ?

Au début et pendant 4 années, j’étais au sein d’une équipe qui gère les optimisations des campagnes digitales pour les annonceurs. Par la suite, j’ai rejoint une équipe plus européenne, qui s’est notamment occupée du lancement du moteur de recherche vertical « Google Shopping », dont l’ambition était d’enrichir la recherche autour des produits. J’ai ainsi travaillé avec les marchands pour améliorer leur contenu sur nos catalogues et j’ai également eu l’occasion d’établir, par exemple, des partenariats avec ceux qui gèrent les avis produits online.

Dernière étape il y a 2 ans, mon job a évolué vers du business développement. Dorénavant, mon travail consiste à manager les partenariats au niveau européen.

Vous avez parlé de votre sensibilité aux nouvelles technologiques ; comment l’expliquez-vous ?

Alors que j’étais adolescente, ma mère nous a acheté un ordinateur familial et c’est vrai que je me le suis pas mal accaparé ! Ce m’a tout de suite plu, parce que je suis curieuse et que j’ai toujours eu cette envie de découvrir. Je trouvais ça assez exceptionnel de pouvoir ainsi surfer sur Internet, de pouvoir créer mon propre site, d’aller chercher de l’information.

Chez Google, nous mettons d’ailleurs en œuvre de nombreuses initiatives pour encourager les jeunes filles à appréhender les nouvelles technologies. Nous invitons de jeunes lycéennes et faisons témoigner des femmes ingénieures qui racontent leur parcours et expliquent pour quelles raisons elles aiment travailler dans ce milieu. Personnellement, je ne crois, qu’il y ait de différence au lycée entre les filles et les garçons en terme d’appétence. Après, il faut juste leur prouver qu’il y a de super jobs et que ces derniers ne sont pas réservés aux hommes ! C’est donc essentiel d’avoir des rôles modèles. Je pense notamment à Megan Smith, une ancienne de chez Google, une femme exceptionnelle et qui est aujourd’hui Chief Technology Officer à la Maison Blanche. On le voit, dans les grosses boîtes du digital, il y a énormément de femmes : Marissa Mayer à la tête de Yahoo, Sheryl Sandberg chez Facebook, Véronique Morali chez Webedia. Chez Google c’est pareil, c’est de plus en plus diversifié !

Et vous, qu’est-ce qui fait que ce secteur d’activité vous plait toujours autant ?

Oui, il me plait, et il continue à me plaire. Je trouve qu’il y a tellement de choses à faire sur ce secteur là, et d’ailleurs j’ai travaillé sur des projets tellement différents que c’est très enthousiasmant. Je pense aussi que nous allons de plus en plus rapprocher les mondes du « offline » et du « online » et cela va engendrer de belles perspectives. C’est vraiment un secteur dynamique et très enrichissant. En plus, je trouve que c’est un secteur qui offre des opportunités superbes pour les hommes et pour les femmes ; le digital est un secteur où tout est personnalisable à sa guise.

Justement, il est admis aujourd’hui que les nouvelles technologies participent à l’empowerment des femmes dans le monde professionnel, mais possèdent également quelques limites, je pense à l’équilibre vie privée/vie professionnelle, quel est votre avis sur ce sujet ?

Il est vrai que nous sommes tous sur ordinateur portable et si nous en avons besoin, nous pouvons travailler de la maison. De la même façon, nous sommes toujours connectés sur notre mobile. Par conséquent, il y a moins de distinction entre ma journée de travail et ma journée maison, ce qui peut apparaître contraignant même si c’est une vraie flexibilité. Mais personnellement, je pense que le digital a créé plus d’opportunités pour les femmes que de difficultés.

Aujourd’hui, grâce à Internet, ces dernières ont, par exemple, accès à des témoignages féminins de rôles modèles. On peut citer notamment les vidéos TED – dont je suis une grande fan personnellement – qui mettent vraiment en valeur l’expertise féminine. Je pense que cela donne à la nouvelle génération plus de confiance en elle. C’est ça que j’aime dans les nouvelles technologies, c’est cet accès à l’information. Alors oui, évidemment, nous sommes tout le temps connecté.e.s mais c’est quelque chose que nous devons individuellement maîtriser il me semble. Chacun doit gérer ses intentions, sa consommation personnelle. Je me permets d’ailleurs de citer Ruth Porat, directrice financière de Google, une femme incroyablement inspirante et qui souligne qu’il faut arrêter de chercher l’équilibre à tout prix entre vie personnelle et vie professionnelle, mais qu’il faut surtout rechercher le bon mix entre ses différentes vies.

Parlez nous du projet Women@Google ; quelle est son ambition ?

Women@Google est une initiative née aux Etats Unis et qui aujourd’hui est présente dans de nombreux bureaux à l’international. L’idée était de créer un réseau de femmes pour favoriser le networking, le partage d’expériences, l’empowermnent féminin au sein de Google.

Personnellement, j’ai été à l’origine de l’initiative en France Women@Google il y a 5 ans parce que j’avais envie que les femmes puissent se connaître entre elles, qu’elles puissent partager leurs expériences, que des femmes avec plus de bagages puissent coacher des femmes plus jeunes. Même si nous sommes dans un secteur plus égalitaire que d’autres, on voit qu’il y a parfois moins d’opportunités pour les femmes. Par exemple, on se rend compte qu’elles vont moins aux after work, qu’elles « réseautent » moins… C’est pourquoi, nous avons voulu organiser des évènements pour rétablir l’équilibre, à des heures qui avantageaient les femmes, c’est-à-dire pas trop tard le soir, pas trop tôt le matin non plus. Nous avons également créé des formations, dont une qui s’intitule « Taking the stage » et qui va un peu dans le sens de l’ouvrage Lean in de Sheryl Sandberg.

Parallèlement, nous nous sommes aussi connectées avec d’autres réseaux féminins, Orange, Mc Donalds, Danone pour favoriser les rencontres. Dans le même ordre d’idée, il y a trois ans, pour la journée de la femme, nous avons reçu Anne Lauvergeon, pour qu’elle puisse témoigner de son parcours en tant que femme et en tant que leader. Mercedes Era, Virginie Calmels ont également été nos invitées. Et nous sommes tournés à la fois vers l’interne mais également vers l’externe. En 2013, nous avons été par exemple organisé un événement que l’on a appelé « un temps d’avance » et l’ambition était justement de donner un temps d’avance aux 250 femmes présentes (à la fois professionnelles de divers secteurs mais aussi lycéennes et étudiantes), de leur montrer ce qui allait arriver dans le futur : les imprimantes 3D, les « bras connectés », les nano technologies, etc. Nous avons également invité des hommes car la diversité nous tient à coeur.

Vos 3 conseils pour des jeunes femmes qui veulent se lancer dans l’univers des nouvelles technologies ?

La première chose c’est de trouver des personnes « référentes ». Quand on veut évoluer dans un secteur d’activité, il faut rencontrer des personnes pour leur poser des questions et pour leur demander conseils. Il faut avoir dans sa vie professionnelle des mentors ou des sponsors, des gens qui ont de l’expérience et qui pourront vous aiguiller dans votre carrière car ils vous connaissent bien. Et personnellement j’en ai toujours eu, certains sont encore chez Google d’autres sont partis, mais dans tous les cas, je vais encore régulièrement déjeuner avec eux pour leur poser des questions sur le développement de carrière. Et cela va au delà même des nouvelles technologies.

Deuxième point, pour s’orienter, il faut être en perpétuelle recherche d’informations, en veille permanente. Entre Google, Twitter, Facebook, on a accès à énormément d’informations et il faut toujours continuer, sans cesse, à enrichir sa connaissance sur le milieu dans lequel on souhaite travailler. Si c’est le milieu des nouvelles technologies, il faut suivre des personnes influentes. Il faut s’abonner à des newsletters, comme le Journal du Net par exemple. Mais il y a également tous les mooc sur youtube, ces vidéos qui sont extrêmement didactiques. Il ne faut pas hésiter à s’enrichir avec les outils qui nous parlent que cela soit de la vidéo, de la courte information, des articles de fond, etc.

Enfin, mon troisième conseil serait de participer à un maximum d’évènements. Le secteur des nouvelles technologies est très propice à ces rencontres et il faut être à l’affut de ces moments de rencontres. Le NUMA à Paris, ou encore Girlz in Web, sont des structures qui organisent beaucoup de conférences. Il faut en profiter. D’ailleurs, prochainement, le 21 décembre, nous proposons avec Pionnières Paris une remise de prix. Quand on a envie de commencer sa carrière dans un secteur d’activité, il faut donc : s’entourer des bonnes personnes, continuer à se former, à apprendre, et enfin, être visible, rencontrer « in real life » ses rôles modèles.

Propos recueillis par Marion Braizaz et Chloé Jérôme

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