Archives par mot-clef : art

Le 7ème art est-il toujours autant « a man’s world » ?


Bechdel test« Le cinéma se présente d’emblée comme un art de masse, appelé à s’adresser au plus grand nombre : un art pour tous, et où chacun peut trouver un bonheur d’évasion » écrit le philosophe Gilles Lipovetsky. Or, cette ambition de communication de masse, à notre époque mondialisée, n’est pas toujours en faveur de contenus exempts de stéréotypes, qu’ils soient raciaux ou de genre. Effectivement, la parité dans le monde cinématographique, à la fois derrière ou devant la caméra, est encore une douce utopie. Pour preuve, le Bechdel Test, initié par l’artiste Alison Bechdel en 1985 et dont l’objectif est de mesurer la représentativité des femmes à l’écran a encore de beaux jours devant lui. Womenology s’est penché sur cette question.

« Il n’y a pas de tatouage féminin ou masculin, lorsque l’on est maitre de son corps, on se tatoue ce que l’on veut »


Julien de « Anne & Julien »

Julien de « Anne & Julien »

Rencontre avec Julien de « Anne & Julien », créateurs de la revue trimestrielle Hey ! et commissaires d’exposition de Tatoueurs Tatoués actuellement au musée du Quai Branly.

Comment a évolué la pratique du tatouage en France ?

D’une manière générale, il y a déjà la professionnalisation des tatoueurs qui a largement évolué entre les années 50-60 et aujourd’hui. Il y a eu un vrai bouleversement au début des années 80. A l’époque dans Paris, il n’y avait que 3 tatoueurs et on est très loin de ce chiffre. Puis, une autre évolution, c’est le fait que les tatoueurs Français ont eu la volonté de bouger, d’aller voir ce qui se passait ailleurs dans le monde.

Une Marilyn Monroe de 8 mètres de haut dans les rues de ChicagoAn 8-metre tall Marilyn Monroe in the streets of Chicago


Le 15 juillet 2011 a été inaugurée à Chicago une impressionnante statue : placée sur une bouche d’égout, sa jupe blanche virevoltant autour d’elle, une Marilyn Monroe de 8m de haut lance un sourire aguicheur aux passants… qui, un demi-siècle après sa mort, témoignent la même admiration pour les courbes de la blonde la plus célèbre du 7e art.

Marilyn, c’est un mythe de la féminité. Une féminité toute en courbes (l’actrice faisait du 42, bien loin du 34 de rigueur chez les mannequins d’aujourd’hui), en sensualité et en œillades mutines. En installant, pour un an, sa statue géante dans les rues de la ville, Chicago témoigne son respect pour une femme qui a marqué le 7e art.On the 15th of July 2011, an impressive statue was unveiled in Chicago: with her white dress twirling around her, an 8-metre (26 foot) high Marilyn Monroe greets passers-by with an alluring smile. Half a century after her death, admiration for one of the film world’s greatest hasn’t waned.

Marilyn is a myth of femininity, a femininity displayed through curves (the actress was a size 12, far bigger than today’s size 4 models), sensuality and mischievous glances. By installing this giant statue in the streets of the city for a year, Chicago pays tribute to a woman who left her mark on the world of cinema.

Created by the sculptor Seward Johnson and entitled “Forever Marilyn”, the statue reveals to surprised onlookers the actress’ legs… all the way up to her lace underwear. Naturally, cameras don’t stop clicking around this piece of art which imitates the pose that made the actress famous in 1955’s The Seven Year Itch.

Le Jeu de Paume accueille une rétrospective de l’artiste Claude Cahun, pionnière de l’identité sexuéeThe Jeu de Paume houses a retrospective of the artist Claude Cahun, pioneer of sexual identity


Du 24 mai au 25 septembre 2011, le Jeu de Paume organise une rétrospective consacrée à Claude Cahun, une écrivain, femme de théâtre et photographe de la première moitié du XXe siècle qui a été l’une des premières à s’interroger sur les questions de genre.

Claude Cahun, née Lucy Schwob (1894-1954), est donc l’une des premières artistes à avoir perçu le mélange de féminité et de masculinité qui caractérise chaque être humain. Elle met en scène cette découverte dans ses autoportraits, extrêmement osés pour l’époque, où elle se grime tantôt en femme tantôt en homme, allant jusqu’à se raser le crâne pour parfaire son travestissement. Elle veut incarner un « troisième genre », à la frontière de l’androgynie et de la bisexualité, comme le montre cette citation de l’artiste affichée à l’entrée de l’exposition : «Brouiller les cartes. Masculin, féminin? Mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours ».

From the 24th of May to the 25th of September 2011, the Jeu de Paume museum is organising a retrospective dedicated to Claude Cahun, a writer, artist and photographer from the first half of the 20th century who was one of the first people to consider the issues of gender.

Claude Cahun, née Lucy Schwob (1894-1954), was therefore one of the first artists to appreciate the mixture of femininity and masculinity that characterises each human being. She depicted this discovery in her self-portraits, which were extremely daring for the time, where she sometimes made herself up as a woman and sometimes as a man, going as far as to shave her head to perfect the look. She wanted to portray a « third gender », at the boundary between androgyny and bisexuality, as shown by this quote from the artist which is displayed at the entrance to the exhibition: « Confuse people. Masculine? Feminine? But that depends on the case. Neutral is the only gender which always suits me. »

Les femmes réduites à une objectivité visuelle (d’après biographie de Manet)Women reduced to visual objective (according to Manet’s biography)


Page 134 de « Manet, Un Rebelle en Redingote », Hazan (1996) de Beth Archer Brombert à propos du tableau de 1863 d’Edouard Manet Olympia: « Durant des siècles, les hommes ont présenté le corps féminin sous des formes qui neutralisaient les réactions masculines inavouables et qui, en outre, « réduisaient les femmes à une objectivité visuelle » (NDLR : Margaret R. Miles, Visual understanding in Western Christianity and Secular Culture, Boston, 1985).

La femme pouvait incarner l’univers païen amoral (Vénus), l’origine du péché (Eve) ou, plus subtilement, une rédemption possible (Marie). Une déesse nue pouvait être aussi lascive qu’une photographie pornographique tant qu’elle avait un nom mythologique et qu’elle détournait les yeux du spectateur. Mais une vraie femme peinte sans vêtement ne peut être qu’une prostituée, car aucune femme respectable n’aurait posé ainsi. Un tel nu devient une offense à la morale publique, malgré la fréquence de contacts qu’avaient de telles femmes avec les spectateurs masculins qui se déclaraient scandalisés devant la Victorine nue peinte par Manet. L’hypocrisie allait encore plus loin : quand les contemporains de Manet peignaient leur maîtresses du demi-monde en Diane ou en naïades, personne ne protestait, car reconnaître le modèle aurait été une façon de s’accuser soi-même.« 



Page 134 of « Manet, A Rebel in Frock » Hazan (1996) Beth Archer Brombert regarding the table of 1863 Edouard Manet Olympia : « For centuries, men have presented the female body in ways that neutralize shameful male reactions and, in addition, « reduced women to a visual objective » (note: Margaret R. Miles, Visual understanding in Western Christianity and Secular Culture, Boston, 1985).

The woman could embody the amoral pagan world (Venus), the origin of sin (Eve) or, more subtly, a possible redemption (Mary). A naked goddess could be as raunchy as a pornographic photograph as she has a mythological name and she looks away from the viewer. But a real woman painted without garments can only be a prostitute, because no respectable woman would have posed like that. Such nakedness becomes an offense to public morality, despite the frequency of contacts that such women had with male viewers who declared themselves outraged at the nude Victorine painted by Manet. Hypocrisy went even further: when Manet painted their contemporary masters of the demi-monde in Diane or naiads, nobody protested, because recognizing the model was a way to blame yourself. « 

 

 

 

 

Cranach et les ruses de la féminité


En ce moment au musée du Luxembourg, 40 toiles du peintre allemand Lucas Cranach sont exposées, l’un des artistes majeurs de la Renaissance germanique. Peu reconnu voire boudé jusqu’au XIXe siècle, il a été remis au goût du jour notamment par Picasso. A tel point que le générique de Desperate Housewives, emprunte à Cranach une de ses Eve. On  décèle dans son œuvre un regard original sur la féminité, à travers des images représentant des femmes nues ou à demi-nues, des silhouettes expressives sur fond de décors évocateurs. Analyse croisée du personnage et de ses toiles.

 

Un peintre d’abord peu reconnu

Né à Kronach en Allemagne le 4 octobre 1472, Lucas Müller, dit Lucas Cranach l’Ancien en hommage à son village natal, s’adonne à la peinture et à la sculpture durant ses années de formation où il est encore inconnu. Ses premières œuvres, inspirées de voyages dans la vallée du Danube et jusqu’à Vienne, sont de nature religieuse : Saint-Jérôme – 1502, Crucifixion – 1503, Le Repos pendant la fuite en Égypte – 1504. Ces tableaux très riches en couleurs, formes, densité des paysages et expressivité des personnages représentent bien cette première ère.